Elle parle au silence

Posté par Pierre Vaissiere le 11 septembre 2011

 

Elle parle aux fleurs, il parle au vent
Elle parle aux animaux, il parle au feu
Elle brode les mots qu’il raye d’un trait
Elle gomme les douleurs, il les attise
Elle a le goût de l’oliban et des rêves d’enfants
Il a celui de l’acier et des chevauchées
Ses paroles sortent de ses lèvres comme le bambou de la terre
Il ne dit rien, elle parle au silence

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L’âge de la fin des tresses

Posté par Pierre Vaissiere le 20 juillet 2011

Je lève mon bras avec le cœur de la joie de livrer la rosée
aux lèvres des femmes du peuple de la Terre
Je lève la main avec le vent des arbres qui se soulèvent
sous la caresse des âmes des oiseaux
Je rends le fort et le faible à la source des origines
et les enflamme avec l’esprit des tipis de feu

Je lève le pied du sol afin qu’il ne soit pas blessé de mes marches de guerre
Je lave les pleurs et les cris de ceux qui sont à l’agonie
et au chevet des esprits de la peine

Je lève l’oeil droit au premier espoir du rayon de Lune
Je lève l’oeil gauche au premier espoir du rayon de Soleil
et j’ouvre les deux yeux pour unir la Lune et le Soleil

J’ouvre la bouche pour boire les gouttes de pluie
lorsque l’arbre n’est pas là pour nous protéger des pleurs
Je range le feu et l’arc pour aller me baigner avec les enfants
dans le lac des forces retrouvées

Je ne fume que pour la beauté des cercles de fumée
qui vont en reconnaissance de la vie
donner des boucles d’argent au cou de nos ancêtres

Je lève le jour et je lève la nuit pour me lancer
à la poursuite des esprits des aigles
et leur trace la voie avec la flèche de l’arc
et la volonté de l’oeil

Je dis
nous sommes les erreurs du monde
et nous sommes les tenants de l’enfer
car nous n’écoutons pas le chant des grillons
ni le sang de la roche du volcan
qui s’enflamme de rester prisonnière de la terre
et qui sitôt libérée devient dure froide et grise

Je redonne aux espoirs la place qu’ils ont perdu
en ne croyant plus aux esprits du rôdeur des airs

Je lève la main pour – Olé – saluer le saint des saints d’Élée
je lève l’âme de mon corps
et la pousse avec le souffle du vent
dans les rayons de soleil afin qu’elle soit tenue au chaud

Je rôde dans les plaines afin d’éviter
que les rues des villes ne m’entraînent

Je signe de mon sang les lettres de mon agonie
car je suis le dernier à vivre pour la terre
et comme celle-ci va mourir
peut-être je mourrai avec elle
car les êtres aimés doivent disparaître ensemble

Je ne reviendrai plus car le rôle de faire jaillir le sang
et celui de briser la glace des rocs
est un rôle qui ne me convient pas.
Aussi le grand Élée ne fera plus de moi la rognurede la fin des êtres de liberté
car celle-ci est finie
avec le rêve des grandes prairies éternelles

Je reçois dans mon coeur les mots de vie et de peine e mes frères
et n’ai plus le courage de vieillir à la nuit des armes e l’espérance
Aussi je vais prendre mon cheval et mon ordre de liberté
pour partir dans les grandes prairies
Je laisse aux plus jeunes le soin de se retrouver enfin
pour conquérir leur âme
avant de conquérir l’espace de leur corps
si chétif d’être enfermé dans les limites
des villes et des frontières
Je leur demande de faire brûler les argents des villes
pour que les dieux de la règle d’Elée
soient ainsi heureux de voir
qu’ils se rebellent à nouveau dans la fraternité

Je ne suis pas triste, je suis loin déjà
et le ciel en bas se découvre et se clairsème des fleurs
de mes larmes car je vous laisse assez loin
pour en avoir du chagrin
Mais je suis trop vieux et m’en vais pour le faire oublier
cependant que l’âme de mon corps et l’esprit de mon corps
iront dire partout combien j’ai aimé la Terre
qui m’a si bien nourri de ses fruits

Mais l’âge de la fin des tresses
des heureuses épousailles
et des enfants qui grandissent
est fini pour moi
car le vieux cheval est usé

 

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Bagage

Posté par Pierre Vaissiere le 12 mai 2011

Qu’emportes-tu dans ce sac qui te brise les reins
que tu poseras au pied d’un arbre
sachant que tu l’oublieras ?
Tu oublies tout sur ce chemin
ses pierres et ses ronces qui les tiennent entre leurs serres
ses pentes où tu te perds
ses courbes qui te disent qu’il est sans fin
ses flaques d’eau claire
qui te crachent la froide image
de ton visage sans fard
ses ombres brûlantes
sa terre blessée par tant de pas égarés
Tu oublies tout
hors ces murs qui t’enferment
ces sangs qui te rongent
les rues encombrées de ta ville
la pieuvre qui t’attire

où tu sauras pourquoi tu es venu
Trop tard
Qu’emportes-tu pour le Voyage ?

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Ténèbres

Posté par Pierre Vaissiere le 6 mai 2011

Aux ombres les interstices du plancher disjoint
niche à cloportes
vortex glacé qui t’aspire
t’appellent
Te plaques ne le voulant contre les lames de bois putréfié
t’écoules comme mercure, dessous, profond
bas plus bas
tiré par mille gluances aveugles
appendices tentaculaires
Tu t’y ventouses t’y dilues y pourris
Fibres de chairs blanchies
tu te délites, tu sombres
n’es plus qu’ossements l’oeil décavé par d’étranges sangsues
blêmes à l’aurore de cet instant de lueur crépusculaire
où le temps cessera d’être
quand tu te laisseras cesser d’être
Depuis sans doute trop longtemps exsangue
déjà avant d’au monde venir
te fonds aux ténèbres avec volupté
Inutile ici de rabattre sur toi l’obsolète linceul
La lumière s’est éteinte

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La route de la soie

Posté par Pierre Vaissiere le 5 mai 2011

Rouge la route de la soie
Rouge la honte au front des femmes
Rouges les hommes en colère
Blancs de peur les enfants

Taché de gris l’azur
Verts les soldats en armes
Gris les troupeaux faméliques
Pourpre la robe des juges

De plomb la mitraille
De feu les fers aux chevilles
D’ébène les langues liées
De glace le regard des vainqueurs

De sel la plainte des vaincus
De chanvre le linceul des morts
De glaise la fosse commune
De fiel les survivants

De lave la vengeance
De suie les dessins d’enfants
De rage les armes brandies
De ténèbres les lendemains

Rouge le soleil levant
Rouge le courroux
Rouges les nappes de sang
Rouge la route de la soie

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Au tumulte, la vie

Posté par Pierre Vaissiere le 31 mars 2011

Aux abeilles, les fleurs
aux nouveaux nés, les cris
aux tumultes, l’orage
à la terre, la pluie
au ciel, les prières
au volcan, les fruits, pour plus tard

aux regards, l’instant
à la feuille, le souffle
aux nuées, l’esprit
aux armes, les fous
aux fous, le pardon
qu’ils accorderont, plus tard

aux cîmes, l’illusion
aux océans, les naufrages
aux souvenirs, les stèles
à l’Histoire, le mensonge
aux marins, les amers
qui les guideront, peut-être

aux embruns, les écueils
aux labours, les graines
aux tourments, les guerres
aux victoires, les morts
aux monuments, les défaites
aux armistices, les regrets
aux trompettes, la haine

aux machines, le salaire
au labeur, la sueur
aux victimes, les discours
aux discoureurs, les médailles
à la misaine, la hune
à la hune, la vigie
à la vigie, l’errance, puis le cri
Terre impossible à taire
aux mirages, le havre

aux survivants, l’araire
aux semis, les oiseaux
aux espoirs, l’impatience
aux révoltes, les canons
aux insurgés, les fers
aux puissants, les honneurs
aux peuples, les défaites

aux sentences, les juges
aux rires, les bourreaux
aux gibets, l’infortune
aux condamnés, la corde
à la trappe, l’oubli
aux éplorés, le vide
au chaos, le tumulte
au tumulte, la vie

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Le chien fou aux yeux de jade

Posté par Pierre Vaissiere le 21 février 2011

Sur une île un peu folle
Il y’avait un chien fou
Aux yeux vitrés de jade
Quand la Lune l’empâle
Sur une île un peu folle
Il y’avait un chien fou

Y’avait un garde fou
En uniforme de bazar
Au bord de la falaise
Il ne me retint pas

Sur une vague un peu molle
Je ne m’écrasai pas
Dans son ventre mouillé
Par un désir de feu
Sur une vague un peu molle
Je ne m’écrasai pas

Je m’envolai plutôt
Et voilà me voilà
Cachant mes yeux crevés
Par une arête nue

Sur un nuage astral
Ne me reposai point
L’ange qui le gardait
De son air me glaça
Sur un nuage astral
Ne me reposai point

Sur une banquise exquise
Je m’offris aux délices
D’un sommeil insolent
Qui vaut son pesant d’or

Dans le lit d’une fée morte
Fait des os d’un vieux chêne
Ne voulus me lever
De peur de m’endormir

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Le temps jamais n’effacera le visage des malentendus

Posté par Pierre Vaissiere le 15 février 2011

Le temps jamais n'effacera le visage des malentendus dans Histoires d'humains anniversaire2

Le temps jamais n’effacera
Le visage des malentendus
Les âges ne nous rendront pas
Les messages non parvenus

Destinataire inconnue, nue
Sous le vent qui chasse tes traces
Je m’enferme dans la nuit rapace
Aux tumultes d’innombrables nues
Elles se déchirent on s’aperçoit
Renaissent, soudain il fait grand froid

Chacun met ce qu’il peut dans ses bagages
Sur l’autre on est en retard d’un lointain voyage
On se cherche on s’effleure on croit s’être trouvé
Le temps d’un rêve les chimères sont levées

Hauts murs d’une tour glacée
Où meurent nos élans fourvoyés
Rempart de notre solitude
Les ans n’épargneront que vous
Se moquant de nos inquiétudes
Se jouant de nous pauvres fous

On se croit figurant dans le même paysage
Jamais pourtant nos vies ne font même naufrage
On s’imagine parler un seul et même langage
Nos mots ne chantent pas de semblables images

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C’est ainsi que grandissent les arbres

Posté par Pierre Vaissiere le 10 janvier 2011

Chac avait pris un peu de recul pour contempler l’arbre qu’il venait de planter. Il s’était mis à chantonner un vieux truc qui disait  » pour faire un arbre, mon dieu que c’est long… », et, satisfait du bon travail qu’il avait fait s’en était retourné chez lui, quelque part entre printemps et été.

Ah Puch avait bondi de sa cachette, un bosquet de noisetier qu’il avait eu la bonne idée de ne pas arracher, comme il s’était promis de le faire. Ce n’était que partie remise. Il fit le vent, il fit la pluie, il fit le soleil qui brûle puis le gèle à pierre fendre, et il fit enfin la tempête, ce qui le calma quelque peu. Avec ce qui était peut-être du cynisme, il s’était mis à chanter un vieil air qui reprenait sans cesse « Vent frais, vent du matin, soulevant le sommet des grands pins…» Avant de repartir chez lui, quelque part entre automne et hiver, il avait donné plusieurs grands coups de boutoir dans le bosquet de noisetier.

« V’là l’bon vent, v’là l’joli vent, v’là l’bon vent m’amie m’appelle…» C’est bien connu, les arbres ont toujours attiré les amoureux. À peine arrivé près de l’arbre, Yum Kax avait déposé du limon à son pied, qu’il avait arrosé en pleurant comme une Madeleine. On est sensible ou pas. Il avait taillé les branchettes brisées, fait une attelle à une grosse branche, puis avait pansé le tronc mal en point.
Sa belle ayant rejoint Yum Kax, ils avaient fait ce que font les amoureux. Ce qui avait eu pour effet d’émoustiller l’arbre à un tel point qu’il s’en était trouvé ragaillardi.

Plus tard, Chac était revenu. Ah Puch de même. Yum Kax aussi. Puis encore Chac… Et parce que c’est ainsi que grandissent les arbres, l’arbre s’était laissé grandir ainsi.

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Voie du milieu

Posté par Pierre Vaissiere le 10 janvier 2011

Chacun fixait le ciel. La clarté et le soleil, comme à chaque aube nouvelle, étaient là. Mais étaient là aussi la nuit et sa lune. à croire qu’un pacte de non agression avait été signé entre les deux parties. Les anciens n’avaient-ils pas affirmé que le jour et la nuit s’étant toujours entre-dévorés, il n’yavait aucune raison pour qu’il n’en soit pas toujours ainsi ?Le conseil tint séance. Au bout d’un sacré bout de temps qu’on ne pouvait compter en jours, ceux-ci n’existant plus, et aucune explication n’ayant germé dans chacun des soixante dix-huit crânes qui brillaient au soleil ou luisaient sous la lune, le conseil, dans son immense sagesse, démissionna tout d’un bloc. C’est à compter de cet instant qu’il n’y eut plus ni puissant ni faible, ni sot ni tête bien remplie, ni pleutre ni valeureux, ni noir ni blanc…

La vie continua, entre chien et loup comme entre hommes et femmes, mais de la prédominance de l’un sur l’autre il ne fut plus question.

On venait d’entrer dans pao kao shao téï (qui s’écrit sans majuscules), ce qui signifie à peu de choses près : l’ “ère de la voie du milieu”.

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