Oiseaux de passage

Posté par Pierre Vaissiere le 18 août 2013

Le vent s’est engoufré
sous la soutane du dernier curé en soutane.
Il l’a soulevé, enlevé, élevé.
Lorsqu’il n’est plus devenu qu’un point noir
disparaissant au firmament,
j’ai compris que
plus jamais
les oiseaux de passage ne sillonneraient le ciel.
On était un 15 août

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Colchiques

Posté par Pierre Vaissiere le 11 avril 2013

Sales gosses, j’t’en foutrais,
un avion, passe encore, mais une fusée
pour aller où ? j’vous l’demande
dans la Lune, m’sieurs dames, dans la lune
et pourquoi pas dans l’Soleil, pourquoi pas ?
Sales gosses, j’te jure,
m‘ont froissée, coupée, déchirée
perforée, confettis, mille morceaux,
y’en a partout, même ailleurs
dans l’automne des violons
dans les larmes des sanglots
des langueurs monotones
des colchiques en nuées
des nuages qui s’étirent là bas,
là bas plus bas que la terre
que la terre et le ciel
le ciel mauve de la mer
la mer verte de l’aube
l’aube verte de peur
peur du vide, sans barreaux
page blanche
Que dur est d’être feuille

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La marche de l’homme

Posté par Pierre Vaissiere le 27 février 2013

De longs détours en longs détours
tordus
marche l’homme
route épineuse pierrailles
gangue d’asphalte coaltar
glue ou béton
à marcher sur la tête
l’homme se perd

Il a borné les déserts
dressé les murs
érigé les frontières
asséché les mers
mis la nature en vrac
congélateur conserves
brûlé les champs de blé
il est perdu

Il a émasculé
il a désertifié
il pense
marche l’homme à reculons
la peur l’a pris
miroir au bout du chemin
poubelle

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D’autres saluts nous sauveront

Posté par Pierre Vaissiere le 8 janvier 2013

Gare du Jour neuf et de l’An nouveau
l’accueil s’offre et se cueille.
Je souris, tu me souris,
les vitres du train s’évaporent.
Nos bras se tendent pour,
à grandes brassées,
glaner ces bonheurs épanis,
fétus d’humbles joies.
Par les yeux s’épanchent les coeurs
tandis que s’ébranlent les trains
qui plus jamais, ici, ne se recroiseront.
A nouveau les voies sont libres
d’autres saluts nous sauveront.

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Par l’humus refleurissons

Posté par Pierre Vaissiere le 12 décembre 2012

Par oubli nous paraissons
par la peur nous nous tassons
par la crainte nous nous taisons
par solitude nous errons

Par le jeu nous inventons
par les lois nous nous courbons
par desespoir nous nous pendons
par faiblesse nous dominons
par la ruse nous abusons

Par ignorance nous lapidons
par envie nous guerroyons
par surprise nous vainquons
par misère nous dépeçons
par avanie nous perdons

Par lassitude nous partons
par rancoeur nous désaimons
par orgueil nous jugeons
par traîtrise nous gagnons
par erreur nous apprenons

Par perte nous grandissons
par le besoin nous faisons
par tourment nous défaisons
par gravité nous tombons
par bêtise nous sanglotons

Par nature nous divaguons
par la foi nous rêvassons
par le rêve nous nous perdons
par le joug nous succombons
par les armes nous passons

Par le feu nous calcinons
par le bois nous nous brisons
par les eaux nous naufrageons
par la terre nous émiettons
par le vent nous dispersons

Par les larmes disparaissons
par les vers empuentons
par l’humus refleurissons

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Sapin de Noël

Posté par Pierre Vaissiere le 30 novembre 2012

Trois p’tites loupiotes dans le sapin
des bougies de Noël
v’là l’sapin qu’a pris feu
les pompiers qu’ont pas v’nus
les cadeaux en fumée
l’bolduc ratatiné

Qu’est-ce qu’on a rigolé
pour une fois qu’il f’sait chaud
dans la crèche enflammée
qu’a brûlé l’nouveau né
le boyon le baudet
les anges emplastifiés

Ça a pris aux rideaux
ça a pris aux sabots
ça a pris aux Lego
et bouzillé l’gateau
on a fait des photos
argentiques c’est plus chic

On a trinqué à l’eau
et chanté comme des veaux
Petit papa Noël
ne descends plus du ciel
tes jouets made in China
ni tes bougies automatiques
ni tes sapins en plastique

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Nombres

Posté par Pierre Vaissiere le 30 octobre 2012

1, le point, point à la ligne
2, la ligne, courbe aux confins d’un infini qui s’évade
3, l’aire de rien, suspendue
4, la forme
5, avec le temps qui la déforme
6, 7, 8, 9, qu’en saurais-je ?
0, jamais

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Inventaire

Posté par Pierre Vaissiere le 20 octobre 2012

Où est passé l’angélus
où sont passées les bonnes soeurs à cornette
les curés en soutane et leurs drôles de chapeaux
les fêtes Dieu et les pétales de roses
que jetaient les gamins
au passage du cortège
Où sont passés la grand messe
les politesses sur le parvis de l’église
les gateaux du dimanche
le catéchisme et le patronnage
Où sont passés les brassards des communiants
les aubes des enfants de choeur
Où est passé le confessionnal
où on s’inventait des pêchés sans nom
Pour être pardonnés des sottises
qu’on n’avait pas faites

Où sont passées les culottes, les chandails, cardigans et souliers
les robes chasubles
les gants blancs, chapeaux et voilettes
les aumônières
Où sont passées les filles en jupette bleu marine
socquettes et chemisier blanc à col Claudine
leur foulard sur la tête
les salopettes et bleus de travail
Où sont passés les vestons les vareuses
les galoches les bretelles
tricots de peau et caleçons longs

Où sont passées les tresses, les nattes, les queues de cheval
les cheveux en brosse
les toisons intimes
les visages sans fard
les serviettes hygiéniques
les rondelles de concombre
que mes soeurs se mettaient sur le visage
pour avoir un beau teint

Où sont passées les boucheries
leurs étals ouverts sur la rue
les pièces de viande qu’on décorait à Pâques
Où est passé le tablier du boucher
celui du sapeur
celui de ma mère quand elle faisait les confitures
Où est passée ma mère

Où sont passés les jours de lessive
la lessiveuse qui ronflait sur le feu
le linge qu’on séchait au soleil
les draps qu’on pliait en riant
jusqu’à ce qu’on se fasse gronder
Où est passé le lavoir
le babillage des femmes y parlant des enfants
de leur homme
de la soupe qu’elles leur feront
s’il y a de quoi

Où sont passés les enclos
des jardins potagers
les huis jamais clos des maisons
les vélos sans cadenas
qui passaient la nuit dehors
le silence des rues

Où sont passés les cailloux dans les lentilles
la boîte à boutons
le loto en famille
les petits pois à écosser
Où est passée l’amertume des endives
l’odeur âcre du chou
et celle du cirage
Où est passée la brosse à cirage
la boîte de Lion noir
et celle d’encaustique

Où est passée la crèmerie
que sont devenus le pot à lait
le fourneau
les tartes du dimanche
le rôti des jours de fête
le pain perdu
les petits déjeuners en guise de souper

Où sont passés les vitriers qui criaient
V’là le vitrier qui passe
les étameurs, les rémouleurs
Où est passé le collecteur de peaux de lapins
le chiffonnier le chanteur de rue
l’agent de police
où est passée sa bicyclette
sa pélerine
et où ont bien pu passer
les bouteilles de vin qu’on posait à ses pieds
le premier janvier pour étrennes
Où sont passées les étrennes
et où est passé le crottin de cheval
qu’on ramassait pour les rosiers

Où sont passés les tailleurs
assis en tailleur sur leur table de coupe
les charrons
Où est passé le maréchal ferrant
qu’est devenue sa forge
que sont devenus
le rempailleur  le cordonnier
et pourquoi la fileuse s’est-elle défilée
Où est passé le tonnelier
Où sont passées les tentures mortuaires
qu’on posait sur les façades
les veillées funèbres
les veuves en noir
le crêpe au revers du veston

Où sont passés les chariots que les gamins fabriquaient
pour descendre à tombeau ouvert
les pentes les plus folles
et pour rendre leurs mères folles de peur
où sont passés les trous d’eau
les étangs les rivières
où on allait plonger pour épater les filles
où sont passées leurs poupées
et où est passé mon camion de pompier
mes Dinky-toys, mon train Hornby
ses wagons PLM
et le frigorifique Jef

Où est passé le Mistral
la Micheline et son poële à charbon
qu’on remplissait nous-mêmes
le dimanche soir
pour rejoindre l’école où j’étais en pension
Où sont passées les gares embrouillardées
de solitude
et que sont devenus les coeurs gros
des petits pensionnaires
Où sont passés la Grand Large, la Frégate, la PL 17
La Lambretta, le Super Constellation
les biplans des meetings aériens et les Fouga Magister

Qu’est devenue la barque de mon oncle
Sa buvette, ses amis de pétanque
et que sont devenus les poissons que
je n’ai jamais réussi à pêcher quand j’étais avec lui
et qu’il se moquait gentiment de moi
Que sont devenues les promenades en forêt
et où sont passés les brins de muguet que nous cueillions
et les brassées de coucou dont nous faisions des soleils
Où sont passés les paisibles dimanches
où l’ennui nous ravissait

Où sont passés les humbles mariages
les demoiselles d’honneur bleu ciel
les garçons rubiconds dans leur costume étriqué
la joie des vieux et leurs soupirs
les foins qui attendraient bien
les flonflons douloureux aux oreilles
les vieux garçons qui s’ennivrent
les tontons salaces et les tatas à moustache
Où donc ont-ils bien pu passer

Où sont passées mes amours
et que sont devenus ces êtres aimés
partis sur les ailes du vent
Où sont passées les années
en quel oubli de glace se sont-elles perdues ?

 

 

 

 

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C’est de cela que s’est teint notre regard

Posté par Pierre Vaissiere le 29 septembre 2012

De bruine, de nuées
de temps qui prend tout son temps
pour nous balader,
nous embobine
De lueurs, de rais qui  labourent les rétines
de fraîche douceur d’après l’orage
d’après le foehn
De cimes écarlates
de soleil qui se languit
de son coucher
loin, là-bas, outre-mer
Du bruit des roues sur l’asphalte
des minutes qui font écran
et séparent des embrassades
du péage, tout se paie
même s’il ne s’agit que d’aimer
De roches éclaboussées
la lumière est divine
des dieux qui se réjouissent
de leur magistral coup de patte
quels artistes
C’est de cela que s’est teint notre regard

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Ciel étoilé

Posté par Pierre Vaissiere le 22 septembre 2012

23h50, il fait nuit, il fait beau, mais on ne le dirait pas.
En fait on ne voit rien ou si peu, le ciel s’est voilé. Un deuil.
Demain, consolé, lorsqu’il l’aura quitté
pourquoi pas,
qu’il aura déchiré les dernières nues,
peut-être ne le verrons-nous pas davantage.
L’illusion, en somme.
Des étoiles, subsistent celles blotties au fond du cœur.

 

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