Désert

Posté par Pierre Vaissiere le 30 juin 2015

Midi. Sépulture des ombres.
S’y couler, tenter de s’en saisir pour retrouver l’illusion du vivre.
Mon regard se perd à l’horizon, m’absorbant dans sa disparition.
Fondu coulé dans le paysage,
émerge ce sentiment d’être qu’offrent les naufrages.
La nuit viendra donner forme à ce que l’embrasement avait soustrait à l’entendement.
Minuit. Je ne saurais déserter ce territoire sans frontière.
Je reste à mon désert.

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Migrants

Posté par Pierre Vaissiere le 13 juin 2015

Sombre l’eau
sombres les masques de cire
sombre la barque

Vifs les coups de trique
tranchants ceux des machettes
trop court
le bras qui s’agrippe
trop loin les mains secourables

Mat le son des brodequins
sur les corps qui se vident puants
sec celui des fouets qui tempêtent
lacérées les chairs
où éclosent de vermeilles zébrures

Immonde la glaire des saillies
des bêtes ivres qui s’acharnent
sur celles souillées qu’ils font veuves
damnés les monstres
qui en jouissent et en rient

Fous les yeux des passeurs
terrifiés ceux des enfants
pétrifiés les frères sur la berge
glacés d’effroi gorge nouée

Acérées les épines d’acier
claquemurées les colères d’un silence obligé
retrouvés les réflexes d’antan
être migrant est un crime
aider un migrant un délit
comme le fut aider un juif

Baîllonné le vernis des consciences
méprisable le silence des nations
nauséeux l’oubli des génocides

Fringant le drapeau de l’Union
aux douze étoiles qui rutilent
phare dans la nuit des espérants
il claque aux vents de l’égoïsme

Mise en lambeaux la bannière étoilée
dispersés les brandons éteints
brisée la hampe détruit le phare
lavées les mains
aux eaux troubles de l’indifférence

 

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Mon prochain bouquet pour la saint Valentin

Posté par Pierre Vaissiere le 2 juin 2015

Des chardons bleus pour les mirettes
des coquelicots pour les lèvres
du muguet pour les quenottes
du mimosa pour les oreilles
un iris pour les narines
des lis pour le torrent de ses cheveux bouclés

un bambou pour le cou
d’un poirier ses fruits pour les seins
des digitales pour les menottes
un anthurium pour sa vulve rondelette
un arum pour son mignon rectum
à moins d’un crocus pour son joli anus
si vous préférez

des passiflores pour l’apaiser
une azalée pour ses larmes sucrées
des pavots pour qu’elle s’envole
un gerbera pour ses nausées
des narcisses pour quand elle se fait belle
des pétunias pour pétuler
un aster pour lui porter chance
des boutons d’or pour son acné
des genêts pour la vieillesse
un camélia pour le spleen
des chrysanthèmes pour ses voyages
un cyclamen pour ses prières
un tournesol pour nous faire tourner la tête
(vous ferez une note à part)

des gentianes pour l’apéritif
sans oublier les cacahuètes qui lui font faire des pirouettes
(c’est pas des fleurs, ça vous embête ?)
un aloès pour son piquant
à Pâques, frémissant, du buis sur le poêle
(nous disposons d’un tel appareil de chauffage)
des anémones pour ses bains de mer
des sentes bordées d’agapanthes
des crocus féroces pour la protéger
des églantines insoumises et révolutionnaires
un nénuphar pour la guider les jours de nuit noire

C’est tout
C’est tout ce qu’il me faut pour ce bouquet, madame la fleuriste.
Soyez gentille de me le préparer pour la prochaine saint Valentin. Une année passée, me reverrez.
Merci madame,au revoir.

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L’esquisse du rêve

Posté par Pierre Vaissiere le 1 décembre 2014

Il l’a cherchée partout
au royaume du vent
celui du nord
celui de l’est
du sud puis celui de l’ouest
celui fou qui tourne en rond
Il ne l’a pas trouvée

 

Y était-elle ou pas
à danser feuille morte
crisse givre
doigts de glace
sur la vitre lumière
un dessin de soleil
pâle encore
c’est demain au ponant
qu’aurait fleuri le feu

 

Ses yeux couleur de jonc
deux étoiles perdues
aux glaces des confins
lui parlent de l’oubli
Tu sais
je ne suis plus
que l’esquisse du rêve
que nous fîmes parlant
de ce qui est d’aimer

 

Ne la trouvera plus
ne la trouvera pas
le souffle a déchiré
de la Lune les ambres
les voiles en lambeaux
sont en panne les nefs
trop courte chaîne l’ancre
aux abîmes cosmiques
le livre démuni

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Fête des morts

Posté par Pierre Vaissiere le 9 novembre 2014

La fête des morts est derrière nous.

Brouillards, pluies et vent, l’automne est venu.

Les pots de fleurs ont chaviré sous les rafales.

Chrysanthèmes, dahlias, cyclamens et roses

ont perdu de leur superbe,

ils ne sont désormais plus l’affront qu’ils étaient.

J’ai pris une brassée de feuilles mortes,

en ai bordé l’épaisse dalle de béton.

L’ennui de ce lieu de solitude m’a submergé.

J’ai laissé deux larmes couler,

les ai recueillies dans un minuscule flacon de verre

que j’ai précieusement fermé.

Il rejoindra les autres,

à côté du portrait de celle qui,

à l’occasion,

se rappelle à moi.

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Arbre

Posté par Pierre Vaissiere le 2 novembre 2014

J’ai été déposé graine.
Avec juste ce qu’il faut d’aide de la vie pour m’assurer un devenir, fut-il fugace.
En terre ou entre les pierres, j’ai poussé mes racines, comme j’ai pu le faire, adroit ou maladroit.
J’ai puisé ce que j’ai pu puiser, sans épuiser le sol qui me nourrit.
J’ai vu grandir ma tige, l’ai vue devenir tronc.
J’ai vu grandir mon tronc, l’ai vu croître pour produire les ramures.
J’ai vu bourgeonner les ramures, les voir engendrer feuilles et fruits.
J’ai offert aux oiseaux de quoi se poser ou nidifier, j’ai protégé le nomade en errance.
J’ai goûté aux émois de deux gamins et leur ai joué un de mes tours avec un allié orageux.
J’ai vu leurs premiers ébats amoureux et m’en suis réjoui.
Parce que j’ai vécu, j’ai connu les outrages du temps, mais aussi ses bienfaits.
D’arbre, je suis devenu bois. Celui dont on fait tant de choses,
je ne les nommerai pas.
Au final, on m’a incinéré, ce qui m’a permis, une dernière fois, de réchauffer cœurs et vieux os.
De là-haut où je ne suis pas (ce sont les croyances des arbres de ma condition),
je ne vois pas ma nombreuse descendance, mais je la sais vivante et porteuse de vie.

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Une vie

Posté par Pierre Vaissiere le 15 octobre 2014

Chiffonnée à l’aurore
épanouie à midi
flétrie au long des longues parties de bridge
avec ces dames
de bonne extraction
ou au cours des marches sans autre but que l’errance
fanée à l’heure où les chiens se prennent pour des loups
froide et roide au crépuscule venu
oubliée dès la veille des morts
pas assez vite enterrée
au son pourtant de prières bâclées
expédiées
et de litanies lénifiantes jugées interminables
ne durant qu’un instant d’éternité malvenue
jamais aimée, ni regrettée
ni aimable ni aimante
froide et roide
toujours et encore
de ses lèvres pincées 
s’exhale l’odeur des cimetières
celle des huiles qu’on instille goutte à goutte
dans les horloges comtoises
pour aider le temps à faire son œuvre.
Elle a perdu son nom
elle n’est qu’une ombre
la vie.

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Promenade en ville

Posté par Pierre Vaissiere le 9 décembre 2013

Uu carton, un lit
un pébroque
des sacs poubelle
un toit

un trottoir
un porche
une encoignure
un concierge
des coups
de pied au cul

une poussette
une bagnole
des lucioles
les étoiles

du gros rouge
la fiesta
un mégot
nirvana

des journaux
un pull
un croûton
gueuleton

une piècette
cinq minutes
de rabiot
à survivre

un sourire
espéré
des flics
un crachat
la toux

la caillante
le samu
social
un dortoir
un mouroir

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Noyade

Posté par Pierre Vaissiere le 6 décembre 2013

Une goutte
de sueur
un rien de peur
une alarme

Une goutte
de pluie
sous le préau
un enfant

Une goutte
de rosée
un bref cristal
à l’aurore

Une goutte
de lait
toute dernière
la colère

Une goutte
de trop
de froides larmes
la rivière

Une goutte
c’est tout
le dégoût d’être
un naufrage

 

 

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Chasse à courre

Posté par Pierre Vaissiere le 22 septembre 2013

De loin on les a vu venir
flambant neuves voguant à vue
sur les lames de lave
des volcans en folie
les furies

Les gens n’y ont vu que du feu
yeux de braises sablés de cendres
comme statues de sel
qui nourriront les larmes
bien plus tard

Dans leurs riches habits de guerre
venant de lointaines étoiles
les fins oiseaux d’acier
une salve d’horreur
ont lâchée

Vermeil et rubis ont éclos
défaits les liens brisés les coeurs
close la chasse à courre
qu’advienne la prochaine
dès demain

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