entraide

Posté par Pierre Vaissiere le 18 octobre 2009

 

Il y eut cet autre temps. Avant que l’ignorance n’allume les brasiers et qu’on donne en tétée le sang des mères sacrifiées. Avant tous les Avants, ceux du mensonge, ceux du pouvoir, ceux du on verra demain et tout ça c’est pour ton bien. Joyeux Noël. C’était avant qu’on ait inventé le mal et le bien, tout ça pour peau de balle, peau de chagrin, peau frippée ridée, sel des larmes.
Alors et histoire d’enfin vivre, on invente, on se réinvente, on se construit, se reconstruit.
Nous gagnons Orion, l’embrassons, prenant dans nos bras trop longtemps vides ce et ceux que nous avions quittés alors pour n’avoir su croire en leur existence. Démiurges, nous dessinons les desseins qui nous seyent, fussent-ils seulement ce que nous les souhaitons être. Tour à tour capitaine ou matelot, figure de proue ou bateau, navire ou océan, chien ou loup, brume ou soleil, maîtresse ou élève, nous voguons, épaule contre épaule, chacun prêt à prêter main forte à celui des deux qui l’a faible, coeur chaud à celui des deux qui l’a transi, esprit rebelle à celui des deux qui l’a conforme. Pour l’esprit à l’esprit le coeur y est ; pour les corps rompus  l’histoire n’est pas la même.

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Croisière

Posté par Pierre Vaissiere le 18 octobre 2009

Il l’étreint, elle l’étreint, il s’éreinte, elle l’éreinte, elle l’allume de fards pour quelle route, la leur.
Reine, sirène, égérie, muse, elle s’amuse à se jouer de lui, sans mal y pense, se joue à l’amuser de lui lorsque, errance marine, son nom s’égare, coule entre naissance et vie.
Les vagues s’affolent la voyant les fendant, en perdent le rythme jusqu’à venir se briser en n’importe quel isthme, estuaire, fente, du moment que l’odeur d’iode, de pisse et de menstrues éclate, fleur épanouie dans cette putréfiescience jamais assez magnifiée.

Figure de proue, fesse de poupe bien singulière, on est sirène ou non, il se berce en son linceul d’écailles, croit nager mais ne fait qu’y sombrer, naufrage, ne sachant y nager. Elle l’emporte en ses eaux amniotiques, remembrance, rappel, souvenance, recouvrance, amnésie, c’est du pareil au même quand on ne sait même plus qu’on ne sait pas. On ne sait rien de la vie, il en sait tout autant, ne sachant pouvoir savoir quoi que ce soit, si ce ne sont les abysses organiques qui le nourrirent avant de le voir mourir à la vie en cette date anniversaire, un jour finalement comme les autres, pour les autres, de cette année lointaine.

Il s’épand, se répand, s’épanche en elle, royale figure de proue qui en prend plein les ouies lorsque Eole se fait furieux de ne pas encaisser de royalties des grands fabricants d’éolienne, Mistral, Grec et Autan en emportent le vent et son souvenir. Entre ses cuisses, ayant fouissé sa tête en son antre intestine, elle le lange, lui dit des mots qu’il ne sait comprendre, le berce, le console d’avance de ce qui adviendra, le silence. Le silence d’un coeur qui, s’il bat encore, bat pour lui, tam sans tam, ou s’il bat pour deux, comment l’entendre à travers les brumes ?

Navire, il est navire, porté par son souffle à elle qui fait naître les embruns. Elle déchire les lames de larmes, sassant resassant toujours ces mêmes mots d’amour qu’elle ne sait que dire, sac et ressac. Il ne sait les entendre, tumulte de la mer, ses oreilles sont ces astres perdus de part et d’autre du sexe. De sa poitrine gorgée de sève, celle qu’elle ne donna point pour, peut-être, pouvoir l’abreuver lui, la voilà ouvrant une déferlante, l’abreuvant d’injures, la déchirant, l’envoyant s’aller fracasser ailleurs, comme à Ostende au casino.
Ceux du levant attendent leur heure, qui ne viendra pas. L’est est pourri, orage et grain ; l’espoir est au ponant, quand la signalétique leur met un STOP en pleine poire, blette.
La voila cependant, nez au vent, rampant, glissant, flottant, nageant, gueulant dans son porte voix pour que les rafiots dégagent la voie et que le temps se mette au beau. Elle les veut tous deux arriver.
Femme, elle est mère d’homme et il est homme. Il s’allonge en cet écrin dans lequel il se sertit, s’y love.

Par beau temps, on les voit croiser au grand large.
 

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Parole déliée

Posté par Pierre Vaissiere le 18 octobre 2009

 

D’abord, les paumes des mains, ouvertes, s’offrant à recevoir ce qui jaillira de son océan, fosses et dorsales. Doigts dressés, antennes, à palper un impalpable indicible qu’il voudrait revêtir de mots pour préserver la pudeur.
La peau, écran d’innombrables pixels, des millions, pour recevoir l’image de ce qu’est vivre à ses côtés, elle qui, peut-être autant que lui, se languit de ce temps qui se fait attendre comme de celui qui sépare et comme, encore, celui qui sans cesse relie comme il les relia ailleurs et déjà.
Il conjugue les accords, essayant d’autres harmonies, piano, pianissimo pour ne point effaroucher sa belle que les tumultes attristent, attisés par ses propres tumultes lorsque le vent, plutôt que de les porter, les emporte, tempète.
Les phalanges qu’il aurait pu aimer baguées, chevalières, sont libres et nues de tout contrat, ce qui leur donne la liberté d’aimer, tandis qu’habillées d’or ou d’argent elles eussent été parées des barreaux de la pesanteur. Les doigts, dix, courent sur le clavier, évitant les accords parfaits, reflets des visages sans tain qui laissent s’enfuir les regards qui, s’en allant, s’en vont se perdre.
Les lèvres s’en mêlent qui murmurent des mots à défaire les murailles, au creux d’autres lèvres, là où s’est brisé le mât de son esquif. Artisan de la mer, de ses eaux, de ses salins asséchés aux étés trop longtemps sans pluie, de ses colères, de ses vagues à l’âme, de ses soupirs et de ses joies qui laissent pantois de bonheur, il sait le travail du bois, du chanvre, du naphte. Ses mains sont prêtes à affronter cals, gerçures et ravines : à la mâture, radoub terminé, la grand voile s’ancrera.
Elle se nomme, par sa chair, houle, marée, mer étale. Il y navigue à vue, ne sachant de quel autre instrument se servir n’ayant pour seuls biens que ses yeux verts ouverts que son coeur dessine. Ne pouvant voguer sur elle, le voilà qui vole, la survole, trouvant parfois un havre, frêle escale qu’écourtent les fantômes de ses voyages passés. Ils mugissent, rugissent, font écho aux hontes, aux ordres, aux abandons, aux naufrages qu’une histoire à tracés, dans le lointain.
Son ventre sur le sien dit épousailles, sa vergue tournant du noroît au suroît cherche le souffle qui lui fera accoster l’île qu’elle est. Il a soif.
Elle se nomme puit, source, torrent. Il s’y raffraîchit mais ne peut s’y baigner, ne sachant, lorsque le feu le prend, en quelles eaux il se trouve.

Défaire les fils qui lui ’ont scellé les lèvres comme il défait les siens propres, en cet instant.
Il est nu, en offrande, pour laver ses offenses. 
Il se livre, pieds, mains et parole déliés pour crier l’amour
.

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L’instant présent

Posté par Pierre Vaissiere le 22 août 2009

Cette fois-ci, elle allait le lui dire. Elle ne pouvait plus continuer ainsi à réfréner sans cesse ses élans. Déjà la dernière fois…
Puis au moment où elle allait desserrer les lèvres, c’était revenu.

Elle avait quatre ans, alors. Le printemps était suffisamment avancé pour lui avoir permis de faire un très beau bouquet de fleurs des champs. C’est sa maman, qui allait être contente.
Elle était entrée dans le séjour en sautillant, tenant le bouquet dans son dos. Les petites filles adorent faire des surprises à leur maman. Elle avait posé les fleurs sur cette drôle de table pleine de jolis habits tous bien rangés, avec cette drôle de chose en fer et sa ficelle qui sortait du mur, que maman lui avait dit de ne pas toucher, parce que ça pouvait brûler.
Sa maman était arrivée, des gouttes de sueur au front, les bras chargés d’un grand panier plein de linge tout mélangé qu’elle avait posé par terre, en soufflant.
La petite fille avait tout de suite su que sa maman n’aimait pas les fleurs, mais alors, pas du tout. Elle avait su aussi qu’elle devait être une petite fille très mauvaise, puisque sa maman l’avait grondée très fort et lui avait administré une fessée.

Elle ne dirait rien. Elle se tairait, comme elle l’avait fait les autres fois, accrochée à une expérience du passé qui l’avait meurtrie, et par peur de ce qui pourrait arriver.

Parce qu’elle n’avait pas compris que le passé pas plus que le futur n’existent, elle s’était empêchée, désormais, de vivre l’instant présent.

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L’absent

Posté par Pierre Vaissiere le 22 août 2009

On ne le voyait jamais jouer dehors avec les autres enfants.
On ne le voyait pas non plus se promener dans les ruelles du village, ni traîner sur la place, pourtant inévitable.
On ne le voyait nulle part.

Ça avait commencé dès sa naissance, quand ses parents s’étaient aperçus qu’en guise de la fille tant attendue…

Alors, pour ne pas gêner, il s’était fait de plus en plus discret, de plus en plus petit, jusqu’à disparaître tout à fait.

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Le miroir

Posté par Pierre Vaissiere le 22 août 2009

La seule et unique fois que Yok s’était vu dans un miroir, c’était le lendemain de ce jour à nul autre pareil où il avait plu tant et tant. Une flaque que le soleil et le vent n’avaient pas encore eu le temps d’assécher tout à fait.

Dans ce coin perdu de l’immensité du désert, plus jamais la pluie n’était tombée.

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