Le coin du poète

PATIENCE

Ne pas fermer les yeux
un jour on part
la vie n’est-elle que doux leurre ?

je mets vertu à m’éroder
à ces petits jeux
car un jour on tombe de haut
Apprivoiser les chutes
en silence, par l’oubli

A petits petis pas se fiancer à l’attente
de ce qui – comprenons-le ainsi – nous viendra
Douleur ou connaissance
Et de l’une comme de l’autre
qu’en faire une fois devenu l’hôte des vers
car meurent aussi les poètes

 

INFIDELE
Je promène mon vague à l’âme
à la mémoire de mon enfance
J’ensemence d’étranges femmes
et rêve d’amour sur un corps bleu
A l’instant où éclot l’amour,
une traînée d’étoupe douce et fulgurante
barre d’un trait fatal
le souvenir de vos images

 

MÉMOIRE  DES  JOURS  D’ORGUEIL
Vint soudainement à pierre fendre
le gel
D’un dernier trait d’ailes-rasoirs
l’oiseau des migrances infinies
avait percé le ciel enfin
à contre-zénith
Lui seul naîtrait à la mouvance.
Dans une fulgurance
les spasmes-tétanie de l’emprise glaciaire
mirent un terme à toute vie
En définitive

Qu’en advint-il alors
du vernis des vanités ?

 

 

 RENCONTRE
A courir aux langueurs hivernales
au long des mornes routes secouées de rires
la certitude vient comme souffle le vent
aux fertiles cerveaux des crânes abasourdis
à chercher les amours d’un impossible objet
La forge va bon train aux enfers d’ici-las
son haleine de glace endort les certitudes
Des hiers aux demains sans possible avenir
qu’ombres désabusées des âmes vagabondes
Hors le vide et la nuit de la nocturne horreur
ne demeure au possible à croisée de l’errance
qu’amicales encontres de sources en venir
que baume à réparer l’outrage des chimères
qui emplissent les coeurs
d’une infinie douceur

 

 

AMITIÉS
Aux retrouvailles d’alors ailleurs venaient crispées des mains à n’en pouvoir que s’encontrer d’amicales venues
découvertes aussi nues qu’âmes soeurs à se dévoiler qu’afin des joies à partager firent naître et qu’ainsi à compagnes routes s’unir, en partage de ce qui toujours se doit d’aller en toute fin.

Mais qu’avant grande errance
par devers Dieux
naisse  veuvage d’une défaite
celle de lasse solitude.

Quand ciel en terre le voudra
nous ensevelir pauvres hères
le pourra certes ne pourra
qu’en nous-même en raison voudrons

Tant qu’à faire et tant qu’être à n’être
faisons ribote en d’autres lieux
Afain que fanaison ni cendre
de leurs gangues ne nous submergent

Exceptée l’heure où notre orgueil
de pourrir voudra bien admettre

Lors plastique sera caduque
de n’être plus rien ne sera
ni jamais même un temps ne fut
si ce n’est celui d’amitié

Ne resteront de ces regards
à l’autre donnés en échange
que ces rognures-cicatrices
du temps qui largue les amarres
 

 

AUTOMNE
Des ombres de la nuit
le souffle ne retient que celles des soupirs des mots
qui n’ont pas été dits
l’oeil les lueurs linéaires d’insectes éblouis du trop plein de lumière
les narines l’ambre des senteurs bovines
le corps celui plus tendre de la longue fille
qui repose aux côtés
l’ouïe le son de la cloche du clocher d’en-bas
qu’estompe en stéréo la chaîne des montagnes
Il fait nuit calme
l’air est seulement irisé des langueurs automnales
C’est l’heure du songe.

Dimanche, nous irons cueillir les pommes.
Les enfants seront-ils avec nous ?

 

 

RÉCOLTES
Les feuillages bruissent
Le souï-manga annonce la fin de l’orage
la terre détrempée se gonfle et s’enfle d’aise
ventre nourricier à offrir l’amour
aux foetus de rêves
la sueur quitte les fronts
les rides s’emplissent de vie
n’aspirent qu’à d’aise se combler
limagnes à promettre l’abondance d’un instant
L’oreille tout à l’heure abasourdie
se tend maintenant à saisir le moindre cri de vie
Le tonnerre s’éloigne baptiser d’autres lieux
plus d’éclairs-fulgurances à décharner les yeux
les nuées se déchirent
tandis que se déverse une fraîche tièdeur
un léger souffle caresse la paume des mains
l’outil est là qui attend le labeur
il est possible à l’instant de retrousser les manches
d’affûter les lames de balancer les piochons
de râcler grignotter ensemencer la boue généreuse
…d’autres graminées déjà redressent leur tignasse de feu
pour encore quelques heures
Demain la faux coupera ce cordon, les coupant à leur enfance achevée
les arrachant à leur nourrice
La nuit ce soir ne surgit pas
elle se pose
comme linceul sur les souffrances à gorger de sève les craquelures de la terre
la nuit est douce alors
les hommes et les plus grands des enfants s’en vont
sur le chemin brillant d’aquatiques pierrailles
devenu pour la nuit guide-ruisseau
à les mener sûrement à la case de torchis
Une lueur sous le chaume
deux ombres devant l’huis
la plus petite enrubannée de de nuit et de mère qui la tient dans ses bras, la protège.
Petite vie à la porte de sa vie au pas de la demeure
qui sans le savoir sait qu’elle attend les autres
Ceux-là courent presque maintenant,
s’enlacent en riant pleinement

La joie des pauvres gens ne se prend pas au hasard des saisons
elle se donne et se partage
comme embrassades graves.
D’autres femmes sont sorties
à la rencontre de leurs hommes

Ce soir en cette nuit les corps les coeurs les âmes
sont aimés s’aimeront

Le ciel est de la fête.
Il fait beau : il pleuvra jusqu’à l’aube.

 

 

PRIERE
Par tant et temps de misère
nous autres allons à contre-pleurs
à la poursuite de chimères
d’un été qui déjà se meurt

Il n’est plus d’heure ni de maison
ni même d’amours outremères
ou encore hâte en la saison
tout se fâne fleurs fruits amers

Plus question non plus de batailles
d’efforts de joies ou d’infâmies
de pouvoir crimes et tripailles
au vent des vaincus ennemis

Encore moins d’illusions certaines
de chemins tracés d’advenir
d’aveugles passions tristes haines
quand seul survit le souvenir

Amis le temps pressé nous presse
nous coupe bras et survivance
octroie langueur et longue errance
n’avons de joie que la tendresse

Qu’il plût à Dieu nous préserver
tant l’horreur naît de nous quitter
car d’enfants à naître ne fîmes
l’amour si mal que c’en fut mime

Qu’il lui plût aussi nous donner
souffle de vie à suffisance
nous épargne orgueil et souffrance
et donne enfin de nous aimer

Lors vivrons l’essence des mots
briserons l’infâme silence
qui enferme en nos tours nos maux
pour vivre ensemble enfin l’enfance

 

 

 

ORIANE
Ses yeux sont de toutes les couleurs
des fauves de la Terre
aux bleus des anti-cyclones
des pourpres parnassiens
aux gris bleutés des mers océanes
de l’orpal des déserts de sable
aux verts glacés des orangeraies
du jaune-soufre d’avant les matins de feu
aux rouges du volcan qui s’éveille
du parme aux joues lorsque émue elle se grise
à l’indigo des lacs de montagne
du garance des laques de Chine
à l’émeraude des neiges tibétaines
du cobalt brûlant des alchimistes de la vie
aux marrons chauds des hivernales
du violet presque royal
aux argents de poche des gens pauvres
du rose dense des flamants nostalgiques
au feu des flammes qui lévitent
du bleu marine des infinis espaces
aux radiances des arcs-en-ciels
de l’acajour qui repose les yeux
aux enfols multicolors
 
Oriane ma bien aimée a les couleurs
Des gens du grand voyage

 

 

LE  RETOUR
Les statues de sel gris
givraient sur place
à tendre leurs bras voulus secourables
qui ne trouvaient que vide et raideur

Clément, le froid déjà faisait oublier les restes
de la pauvre enfant
Le monde entier à cet instant était là
mais y étant
ne l’était pas pour elle ou trop tard
elle qui dut avoir le coeur transi
pour cela.

Le glas grelottant des cloches
appelait à se recueillir
qui ce jour-là eut une pensée
pour tout ce qui se meurt de froid ?

Jeté poignée de terre gelée
comme au vent les embruns de la mère
afin que cette autre mère, la terre
t’accueille

Pour la deuxième fois le ciel
en eut le souffle coupé
qui lacéra les nuées
pour nous baigner de soleil
Alors vinrent les oiseaux

 

 

BRUINES
Aux heures glorieuses de la mort de la nuit
vas  boire les perles de pluie
qu’en tombant du Soleil bruineux
les rayons décrochent de son flanc

Laisse les sourires indolents
d’un nuage éclaté aux minutes de suie
te carresser de leur chant nuptial

Si le doute t’assaille
viens là où les faisceaux d’argent
te diront

 

 

 NAVIGATION
Ne pas rester assis
petit monde de folie la-la-lère
petits centres ventres soi nagez en liberté
nagez en nous plus près de nous
que des ancres nouvelles se lèvent
et brisent l’échine des chaînes

Le vent s’assagit lorsque le vent nous assaille
Nous tressaillons au bruit de son parcours astral
le cours de toutes nos rivières s’affole
Mille feux.
Les barques du passage en somme s’enflamment. Drame.

Les sauveurs égarés assassinent d’huiles lourdes
les poissons
maintenant désargentés
la planète entière coule de nos yeux
Qu’est-il advenu de ses espèces d’habitants
si pleins de certitudes ?

Le jade ne peut plus contenir le ventre de la Terre
qui ne veut plus guérir
de sa colère bouillonnante
les monstres de tous les lochs se préparent à venir
pour tout dernier recours

Qu’attendez-vous donc ?
Et vous, anges de nos nuits, gardes
qu’avez-vous fait de nos éveils ?

Tout fuit sous nos pas.
Ne pas faire faire de faux pas à ce compas céleste
Rétablir la barre tenir la route
afin qu’éphémères ne soient pas nos enfants
comme peut-être d’autres le furent
d’avant cet âge de la terre
 

 

 LA  CLÉ  DE  LA  MAISON
Le temps qui tarde à venir
lorsqu’il est là est beau
Celui qui nous tarde est lent à l’attente. Lenteur latente Avant même qu’en lui – et à l’instant de rencontre – avant même qu’ennui ne s’évapore. gouttes de non-vu non pris
Comment le prendre ce temps-ci comme femme
maîtresse aimante aux yeux de jade
Drogue-jade morphine aux tempes

Exiger en ce non-lieu des Temples à-bâtir
Marquer le pas. Beaucoup – peu  – trop ?
Marquer les heures et les ans d’empreintes nausées prétées par d’autres
Dieux de Cristal.
S-c-eller ce Pégase inutile qui un jour ou l’autre
s’arrachera les ailes.
Apposer le Sceau Royal imbécile
appaiser le sot qui sommeille.

Le temps bouscule vous bouscule. Moi aussi
Qui vaincra l’autre ?
A vaincre le temps risque-t-on de devenir Homme ?

Il est l’heure surprenante pour nous d’amours nouvelles en cet instant ou toutes vies se décroisent à décroiser-croiser ainsi dans nos mers intérieures et bleutées, rien d’autre ne pouvait survenir que rencontres de vermeil. Tant qu’à vouloir vie brûler autant le faire en liesse.
Lors ne comptent plus les nombres de naissance
ceux qui marquent l’époque du temps où depuis longtemps
ne sommes plus à notre place
ayant quitté les sphères célestes

Et ce lien naissant à nous qui nous rattache
à devenir faire la mémoire recouvrer
pour effacer les flous des images incertaines
et retrouver la Clé des Demeures Passées

Quand Père et Mère retrouverons ?

 

 

LES  HEURES  DE  L’EXIL
Il n’est que de connaître en soi quelque souffrance
pour que l’autre savoir qu’en lui elle demeure
Aux ténèbres les bleus volent couleurs aux nues
dans l’insondable viol du cadre assassiné
la blancheur du chaos connaît le déshonneur
les mortelles couleurs taisent les destinées

Les habitants d’ici sont les hôtes des nuits
la croix à bout de bras pour sortir de la fange
ouvre les cieux de braise : nous sommes en exil

Les rives ombrageuses d’un torrent de tumultes
s’enflent de gorgones le rictus éclaté
les navires sont fin prêts les navires sont trop peu
il nous faudra laisser beaucoup de ceux qu’on aime
les Quarks sont en marche et l’espace est immense
qui va nous séparer de nos âmes aimantes

déjà les boules de feu de glace et de tungstène
percutent nos navires et déchirent nos voiles
mais nos puissants soleils transpercent les nuées
et nous poussent vers là, là ou leurs vents nous poussent

Tout vient de s’effondrer sur soi même le temps
nous sommes orphelins nous sommes des migrants
Les habitants d’ici sont les hôtes des nuits
maudit ou être aimé chacun est le miroir
d’où le tain un instant s’est absenté d’oubli
l’heur d’enfance est passée comme couleur au soir
quand s’estompe l’informe

les bleus visages s’égarent il n’est que le brouillard
qui donne aux êtres vie
J’ai perdu la mémoire j’ai perdu mes amis
j’ai perdu mes enfants j’ai perdu mon Royaume
j’ai perdu mes amours j’ai perdu tout perdu
ne reste que l’amour à découvrir ici

 

 

LE  JOUR  D’AVANT  LE  DÉPART
Le soleil d’une lueur hivernale avait quitté sa culmination depuis le quart du jour et ce mouvement projetait un gigantesque dessin mouvant sur l’écran vibratoire des flots.

L’ombre vive de l’Arche et l’ombre  sourde des océans se mariaient dans une union vouée à une proche fin : le crépuscule en serait les prémisses.

Pour l’instant, c’était un fantastique coït cosmique sur le lit-même du monde, dont les vibrations invisibles allaient nourrir les hauts-fonds.
L’Arche bien qu’immobile semblait se mouvoir tant son ombre élargissait son champ d’action, se prolongeant bientôt jusqu’au rivage où je me tenais.
Parfois, il semblait que l’ombre se détachait de sa mère nourricière, comme si elle venait à sa propre vie, déjà se sachant autonome.

C’était peu de temps avant que nous nous embarquions pour le grand voyage d’oubli.

 

 

AVANT  L’HEURE  DE  L’EXIL
Aux visages tendus sur la digue crachaient les embruns d’atlantique à l’heure des naufrages.
En avant de la troupe une mouvante croix de suie de brume noire indiquait le noroît et ses crêtes de givre. A grands pas tous marchaient conduits dans l’ouragan par le prêtre sans âge qui hurlait poing tendu vers le ciel de tourmente.

Il injurie les Dieux
il doit se sacrifier
pour sauver des eaux
les basses-terres.
Dans une gerbe monstrueuse
la plus grande des vagues l’engloutit
Tout s’apaise
Sur l’autel de la digue
les Dieux ont eu leur dîme.

Tous alors de souffler cessant l’incantation, repris d’acide orgueil oubliant
le Monarque du Temps Qui Est.

Le ciel se désespère et souffle sa souffrance, se gonfle la poitrine. Tout bouge et change en haut tout s’oublie ici-bas.

La voûte bien aimée comme un ventre se tend se détend attirant repoussant arbres et temples : les pulsations célestes viennent en grande colère mettre bas les démons par leur ventre gonflé.
L’océan tout entier se soulève comme prenant l’élan qui va le libérer. Les éclairs rougeoyants violacent les faces bleues qui n’en reviennent pas et n’en reviendront plus.

Les nues sont déchirées les navires éclatés
est-il encore un sage à sauver du tumulte ?

Le peuple est assemblé et nos tribus amies amarrent les folles nefs les protègent de leurs corps
les vents sifflants hurlants pénètrent dans les gorges arrachant ça et là les mots de desamour
Nous dominons la ville de sur le Promontoire et voyons déferler la vague titanesque de feu de glace et d’eau
sur la Cité sans Droits.

 

 

 L’ILE D’AVANT
Peine insoluble d’une terre sans demeure
la mienne est bien ailleurs dans cet espace que je scrute aux nuits blanches
la devine sans la voir
immortelle langueur d’où jailliront des riens
rires inachevés d’amours folles finissantes
sous la catastrophe sidérante

Frémissant le corps se meurt
dans une adolescence infinie
parmi des nuées écervelantes
tout roule tout coule
tout croule sur des ravines d’aveugle terreur

Nous étions jeunes à cette époque
par la main me pris
toi la perdeuse de chemins
voulant l’absolu rêve vivre
vivre vivre qu’as-tu à le tant vouloir
qu’as-tu à le t’en vouloir
et comment le fais-tu ?
Comment pour ne plus gémir lorsque l’image de ceux que nous quittâmes jaillit en ta mémoire
à moins que mémoire soit éteinte en ta sphére-cortex ?
Désirs pierres mortes dans des noeuds de rayons-verts

Cent mille ans ont vécu sans que vienne le calme.
Devenir ton amant en l’honneur souvenir de
ces fiancés d’un radeau-méduse
qui nous emportant loin du feu la vie
mais quelle vie laquelle
nous épargna

Je vole épars
ubiquitant d’autres planètes
rien n’y fait rien
hantise.

En dix de nos années de terre – exactement – de vie importune
rien n-y fait rien
tout s’amuse à se jouer de nous et de notre âge
rien n’y fait rien
si ce n’est ce chagrin-sourire
Jamais je ne saurai l’hermétisme qui vit l’étanchéité protectrice se fourvoyer.
Nous croyions être protégés alors.

Voix à l’inquiétant neutre
neutralité des inquiétudes dont le sens
est lamentable et propre
quand à son sens d’alors.

Descente ou montée : tout est vertige tout est vestige
la Porte du Soleil… écroulée de ravines.

Claquement des mains qui semblent vouloir écraser
ces destins cependant les aimant
contresens des contre-temps qui nous ont fait atterrir là
contresens insensé par l’Autre
contrepoints vitaux
vitraux de l’impossible rythme qui s’est brisé un jour
brisant les nefs des autres que nous fûmes un temps

Le chant s’élève vibration berce alanguit
se dresse au plus profond des ventres
en en voulant sortir
comme ailes à sauver les fous que nous étions alors

Ce n’est plus la musique
c’est un sexe vibrations
rythme pour ce coeur particule d’univers
qui se veut envoler et loin très loin partir
retrouver les siens

Tu ne cesseras pas d’arrondir tes accords
que portent les voix des âmes nues

Mais que fais-je là où les autres ne sont pas
restés en de lointaines contrées bleues
ou s’ils y sont, si pâles, si pâles qu’à leurs traits d’albâtre salé mes doigts ne peuvent s’accrocher
saisir resaisir cette image fondue en brouillard souvenir
A peine vos lèvres se dessinent-elles qu’un voile efface cette ligne de vie où les vents de violence s’engoufrèrent un jour

Que fais-je au sein d’une multitude incolore
quand mon train va partir encore

Ile île perdue
mon île que n’as-tu rebroussé ton courroux
repoussé tes remous en ton cratère profond
happé la folie des vents  du grand large solaire

 

 

 FROHLE  D’ORION
Ton vaisseau a levé l’ancre, c’est l’absence
Il déchire les flots, traverse les brumes
Tu te nourris d’embruns
Les îles qu’il aborde sont peuplées de mes rêves
les alizées te font franchir les barrières de coraux
Tu es de tous les départs, d’ici, d’ailleurs, d’hiers et de demains, de partout de toujours
laissant de ton image l’image de ton image qui désormais me scrute

Tu dors au creux des vagues
Je m’éreinte d’éveils et de jeux vagabonds

Les océans délaissent leurs ardeurs glacées
baignant l’aurore d’une tiède douceur
D’ici tu as perdu le fil
j’ai perdu mes candeurs

Peu de choses ont de prise sur cet homme
déchu de ses paternelles embrassades
depuis ce jour sans date
où tes valises faites fis voguer la galère
tralali tralalère

L’oeil ne  peut se river au portrait flétrissant
de l’enfant disparue
sans se faire flouer par ce flou qui estompe la chair
Alors jeter ce compas qui me creva les yeux à tant fixer les étoiles qui disent la route
comme déjà nous l’avions fait après notre défaite

Je suis à la dérive me mettant en dérive
cherchant par cet au-delà de tout parcours une voie de quelque lueur que ce soit
La voie – verbe silencieux – qui guide mes pas
 

 

SOUVENIR  D’ENFANCE
Dites-moi
si les fleurs de chez vous fanes parmi les fanes
sont allées engrangées  – le bétail aura faim -
portées par d’autres fourches que celles de l’été
les fourches de l’hiver du vent du sel de mer
qu’à bras le corps les Dieux
promènent en d’autres temps

sont allées nourrir les bêtes, les fanes
folles bêtes étranges et noires
qu’en moi vous nourrissez

Lune :
as-tu des nouvelles de ma chair
l’as-tu vue dans tes contrées bleuâtres
l’as-tu sentie dans ton ventre de miel ?

Voyez : je suis là à gravir les échelles
du temps et des espaces
je suis progéniture
tout étant votre père
mais comme est longue l’absence de mes enfances
où vos bras stellaires bleus me nourrissaient d’amour.
 

 

CHANSON  ANDINE
Souvenir d’un futur assoiffé de disettes
Apreté d’un visage aux masques de sourires
Aux vertiges andins je préfèr’ la lueur
de la fill’ jeune fille effarouchée muette
de la femm’ vieille femme aveuglée de mes rires

A force de me taire un voyage amérique
la torture a voulu m’habiter comme un rat
soleils morts pieds-de-nez ou nique à l’infortune
venez gerber en moi qu’un sang nouveau m’assaille

A mon torse venu agrafez vos agapes
il n’est que le fruit mûr que les orages gâtent
Bruissez au loin sans fin mes paupières arides
qu’en d’isocèles bras veniez dévertébrés

Corindon hurricane escroc de mes phanères
païennes psalmodies aux frontons des tympans
laissez les lochs aux monstres et l’homme aux nénuphars
et que naissent enfin d’invincibles gorgones

Que l’ébouvoir géant n’équarrisse nos coeurs
mais des pauvres haillons sans couleur que la nôtre
ne laisse que rognur’s aux marines tornades
que leurs sels obscurcis ravaudent nos douleurs

Ombre parmi les ombr’s que poudroie le soleil
je suis dans la poussière âme parmi les âmes
Mon Dieu s’est absenté pour de futiles messes
La chaleur qui est mienne encense l’univers
 

 

SOLEA
Des masques éphémères l’été ne retiendra
qu’une odeur en exil
La lame vagabonde emporte toute trace
le vent n’existe plus qui chasse les nuages

Aux approches du soir
je ne suis qu’une rive
en attendant la nuit

Mon oeil sable-mer suinte de ses embruns
déjà les vers y vivent
le dévorent et y pondent

Ne serai nourriture
qu’à sauver la vermine
j’aime à aimer aimer
je n’en peux que martyr

de ce monde hors de moi
il n’est plus qu’artifice
fumiste magicien aux mains anamorphiques
tu n’es qu’un dieu de pauvres et je ne le suis pas

L’orgueil est ma demeure la terre ma misère
mon amour-satellite recouvrira les âges
ancêtre de ce temps ma naissance est dé-feinte
mon moi est révolu mon toi-t est désespoir

Je demeure et fais mère
je me meurs éphémère        
 

 

LE  PHARE

Angles sextant des mains goniométriques
pour situer l’axe gordien
d’où vint Le Désastre

D’ici tu contemples
le temps qui te sépare de cet espace sphérique
d’où partirent nos vaisseaux
d’orpal et d’orfeu
d’avant le cycle des jours qui passent

Nous venons de là-bas

Depuis les cris se sont tus
et le murmure des alizées solaires
nous a mené ici
en cette Sinoe
aire d’arrivée de ce détour

Depuis à chaque Sholol nous érigeons nos tholos
des himalayas aux plaines syriaques
de Chaldée à la vallée du Nil
de Santorin à Mezopal
de l’Ande à Europe

Là-bas depuis
les sources ont rejailli bénissant les moissons

On engrange
Pour le Retour
 

 

VOYAGE
A l’aube en direction de l’Est
du regard fais lever le Soleil
fais fondre les dernières traces de la nuit

A l’heure matine
aux louanges des frères de prière
dresse l’oreille aux paroles de miel
d’Ellée

Comme pour nourrir les oiseaux
Ouvre la paume de la main gauche
tends au zénith à naître le doigt de connaissance
écoute la vie d’en haut palpiter au creux des monts de merveille

Lance ton souffle d’homme en diagonale de vie
et laisse-toi gagner par ce que tu vois
car ce que tu vois EST

L’aigle de force brume
aux serres de fibres d’or
t’attend en cet instant

C’est l’instant du départ c’est l’instant de l’éveil
ses ailes te dessinent la tendre offrande de l’enfant
qui quitte le logis, grandit

Sous la brise les feuillages s’ébrouent
La journée sera belle     

 

 

 

PROMENADE 
Courbe fermée afin de croire
qu’un jour on revient à son point de départ
Tu as oublié les heures
qui passent
et défont la trace
de ce chemin de rocailles

Au loin les plages se font oiseaux
sous le soleil de zèbrures marines
elles s’élèvent les plages
et tes pas ne peuvent t’y porter
qu’en leur argile brisé

Mets ta chair en poussières
pour finir le voyage
et cesse de t’accrocher aux nacres
des coquillage

A la veille du jour de la forge éteinte
ils sont là toujours là
échoués

Alors pars de ton ventre
oublie jusqu’aux espaces intérieurs
et à l’idée même de l’homme
qui n’est jamais qu’une idée
Laisse aller
éparses
les bribes de photons
afin qu’aucune force n’entrave
leur mouvance éthérique

Au retour
ramène en toi ces centres dispersés
sans chercher à les ordonner

Laisse les vivre leur vie qui est partie de toi
et abandonne ta vie à elle-même
Car
elle est partie d’eux et part de l’univers
 

 

SEPTENTRION
Quelqu’un  avait dit * il est grand temps de partir !

Nous avions emprunté un large chemin entre érables et bouleaux. Les branches mortes nous disaient notre avancée et nos souffles taisaient les mots de la séparation d’hier encore prégnante.

Nous avions pour seul poids d’entrave celui de nos coeurs lourds. Lorsqu’on s’en va, on sait que rien de ce qu’on emporte ne servira jamais : les très très longs voyages se passent de bagages.

La forêt s’était éclaircie. Aux aurores, nous pouvions sentir l’air s’émouvoir, à l’approche des premiers rais de lumière lorsqu’ils irisent les nappes de brume.
Les lichens d’argent indiquaient le chemin, comme au-tant de phares que nous laissions derrière nous. Les étendues boréales nous attendaient.

Jusqu’aux midis, les asters de froidure craquaient sous nos pas qui délivraient de l’emprise du gel l’amical tapis de mousse. Il nous donnait des ailes, adoucissait les coups de boutoir que chaque enjambée nous assénait.

Les bruyères avaient disparu derrière nous. On n’enten-dait plus que le vent, chargé de couperets de glaces, qui hachait les derniers cris de bêtes.

Les territoires étaient là. Sept tumulus en montraient les  limites de grande ouverture.
Quatre d’entre eux étaient disposés en croix, selon les points cardinaux. Ils disaient que l’errance était finie.  Plus jamais nous n’aurions à revenir sur nos pas car nous avions atteint le but.
Deux autres, de forme conique étaient à la croisée, pour nous dire que nous avions trouvé notre centre. Ils étaient base contre base, l’un planté en Terre par la pointe, l’autre le sommet dirigé vers le Ciel. Celui planté en Terre nous disait que nous venions de la Terre ; celui dressé au Ciel nous disait que nous venions du Ciel.

Le septième était plus petit, plus bas, à notre portée. C’est le seul que nous pouvions gravir sans avoir à en faire l’ascension : nous venions de la faire ces  temps-ci.

Vint alors le dernier jour et sa nuit que nous avions laissée nous rejoindre.
Nous étions assis, tous les Sept, en cercle, sur le dernier monticule  qui servirait de  mound à nos chairs inutiles.

Le silence même s’était tu. Les nuits du Septentrion sont belles.

Nous sommes les cavaliers des Sept Boeufs de Labour.
 

 

DELIVRANCE
Mes jardins se sont faits griller
aux vents acérés de l’été
le regard des bêtes a fané
les fleurs que je leur offrais

Ne leur donnerai plus qu’épines
qui comme envol de flêches vives
iront percer cette horreur glauque
de leurs yeux torves et stupides

n’aurai pas à m’en vouloir
aveugles ne le seront pas plus
mais qu’au moins l’offense qu’ils sont
soit lavée au sang de l’été

mon envie est de leur ôter
cet objet qu’ils ne savent user
comme à un enfant enlever
le tambour qu’il ne sait jouer

ces saisons m’amie n’en seront
bientôt plus que de souvenance
il est temps qu’à temps nous soyions
en nos étés de délivrances

 

 

L’AMOUR ENFANTER
Mais, sage ne sois jamais plus
qu’avant heurt de Dame Camarde
Aie lors d’autres envies de vie
Parmi celles celle de vit

Il n’est plus fidèle chandelle
qui te rattache aux vives joies
des corps de cet ici-bas monde
que lui qui te rattache en chair

De cette flamme passagère
retiens d’elle corps et lueurs
hors ceux n’est qu’heure de misère
pour comptines d’infantes noces

En ces temps d’enchères d’idées
plus caduques qu’eunuques morts
crois bien-sûr pour qu’esprit ne meure
qu’il lui faut tendre et gaie demeure

De créer mots nul ne nourrit
soi-même ou compagnons de route
eux ne peuvent raison trouver
qu’à planter vit dans la toison

A recevoir tendre semence
d’amour qu’importe la couleur
l’amour se partage et se vit
pour l’amour enfanter enfin
 

 ILLUSIONS
Jeunes filles d’avant qu’êtes-vous devenues
tandis que vieillissaient vos pères et vos mères ?
Lesquelles d’entre-vous sont mortes en prières
d’attendre grand amour en chambre offertes nues ?

Jeunes filles d’hier qu’en sont-ils advenus
de vos princes charmants moins qu’autant que charmeurs
lors combien d’entre-vous aux années de douleurs
lourd tribut ont payé croyant bonheur venu
du plus doux mot d’amour, de promesse éternelle
hors de ceux-là ne fut que triste ritournelle

Et fille de jadis quelle promesse encor
vous fit-on alentour et à quel beau parti
futes-vous donc promise ? Hélas il est parti
glaner d’autres amours conquérir d’autres corps

Vous fille d’autrefois quel poète en son chant
aux larmes vous émut et en l’espoir vous mit
de vivre en gai logis recevoir vos amis
pour lendemain de noces à retourner le champ ?

Dans le temps jeune fille il vous nomma promise
un p’tit tour deux p’tits tours du monde il fit le tour
s’en revint en pays voit défaits vos atours
cependant qu’aviez mis votre vie en remise

Jeunes filles d’antan où sont enfouis vos rêves
dans vos malles d’osier vos poupées de chiffons
les guignols vous ont eues avec leur fon fon fon
tant pis vous dites vous tant pis pourvu qu’ils crèvent
               
 

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