Si seulement j’avais perdu la mémoire

Posté par Pierre Vaissiere le 29 novembre 2016

Ma mémoire est si solidement ancrée qu’elle ne peut se détacher
des hauts fonds où je lai jetée

Les jours de houle comme ceux de grand vent
où la mer se déchaîne
elle remonte suivant la chaîne
maillon après maillon
explose sur le pont
m’éclabousse de mille images
rattachées au passé

Elle me montre les rires
elle me montre la douceur de l’insouciance
la langueur de l’ignorance
elle me montre ce que j’ai perdu
elle me montre ceux qui se sont perdus
et errent aux confins de la vie
elle me nargue narquoise
sans jamais me parler de ce qui
en ce temps de jeunesse me faisait mal :
l’avenir et sa lassitude du vivre qui viendraient
on le sait

Si seulement j’avais perdu la mémoire
voir mon image dans le miroir
m’apparaîtrait promesse

J’ai toute ma tête hélas
Quand la perdrai-je à tout jamais ?

 

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Rien qu’un souffle de rien

Posté par Pierre Vaissiere le 2 novembre 2015

C’était quoi son nom, c’était quoi son prénom
c’était quoi son âge
c’était quoi ses nuages, c’était quoi ses orages
c’était quoi ses peut-êtr’ c’était quoi ses demains
oubliée la mémoir’ perdus les souvenirs
c’était où tu t’rappelles ?

J’en sais rien, d’mandes au chien
au facteur à Firmin
l’bistroquet du quartier
çui qu’a cloué la Lun’ sur sa porte d’entrée
qui vendait pour trois sous de d’sous son zinc en rade
du gros rouge aux rouquins
du p’tit blanc qui rend saoul
d’ la bibin’ d’occasion à faire pleurer les anges

ses yeux bleu délavé trop d’lessive à la cendre
trop de sel aux racines et de sables mouvants
c’était quoi ses alarmes

c’était quoi ses tourments c’était quoi ses mirages
c’était quoi son âme
c’était quoi son visage et ses lèvres scellées
la cire du secret au soleil ne fond pas
c’était quoi l’heur’ de plomb c’était quoi le tocsin
mains jointes en prière
c’était quoi

Si ça se trouv’ c’était rien
rien qu’un souffle de rien
rien qu’un rêve de rien
aile de coqu’licot pétal’ de papillon
d’un miroir la buée souffle d’un disparu
fragile si fragile

la lame je l’ai vue plus fourbe que le temps
plus courbe que l’espac’ plus vive que l’instant
je suis la vérité a-t-elle dit en sifflant
chuiiiiiiiit

 

 

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Fête des morts

Posté par Pierre Vaissiere le 9 novembre 2014

La fête des morts est derrière nous.

Brouillards, pluies et vent, l’automne est venu.

Les pots de fleurs ont chaviré sous les rafales.

Chrysanthèmes, dahlias, cyclamens et roses

ont perdu de leur superbe,

ils ne sont désormais plus l’affront qu’ils étaient.

J’ai pris une brassée de feuilles mortes,

en ai bordé l’épaisse dalle de béton.

L’ennui de ce lieu de solitude m’a submergé.

J’ai laissé deux larmes couler,

les ai recueillies dans un minuscule flacon de verre

que j’ai précieusement fermé.

Il rejoindra les autres,

à côté du portrait de celle qui,

à l’occasion,

se rappelle à moi.

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Oiseaux de passage

Posté par Pierre Vaissiere le 18 août 2013

Le vent s’est engoufré
sous la soutane du dernier curé en soutane.
Il l’a soulevé, enlevé, élevé.
Lorsqu’il n’est plus devenu qu’un point noir
disparaissant au firmament,
j’ai compris que
plus jamais
les oiseaux de passage ne sillonneraient le ciel.
On était un 15 août

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Inventaire

Posté par Pierre Vaissiere le 20 octobre 2012

Où est passé l’angélus
où sont passées les bonnes soeurs à cornette
les curés en soutane et leurs drôles de chapeaux
les fêtes Dieu et les pétales de roses
que jetaient les gamins
au passage du cortège
Où sont passés la grand messe
les politesses sur le parvis de l’église
les gateaux du dimanche
le catéchisme et le patronnage
Où sont passés les brassards des communiants
les aubes des enfants de choeur
Où est passé le confessionnal
où on s’inventait des pêchés sans nom
Pour être pardonnés des sottises
qu’on n’avait pas faites

Où sont passées les culottes, les chandails, cardigans et souliers
les robes chasubles
les gants blancs, chapeaux et voilettes
les aumônières
Où sont passées les filles en jupette bleu marine
socquettes et chemisier blanc à col Claudine
leur foulard sur la tête
les salopettes et bleus de travail
Où sont passés les vestons les vareuses
les galoches les bretelles
tricots de peau et caleçons longs

Où sont passées les tresses, les nattes, les queues de cheval
les cheveux en brosse
les toisons intimes
les visages sans fard
les serviettes hygiéniques
les rondelles de concombre
que mes soeurs se mettaient sur le visage
pour avoir un beau teint

Où sont passées les boucheries
leurs étals ouverts sur la rue
les pièces de viande qu’on décorait à Pâques
Où est passé le tablier du boucher
celui du sapeur
celui de ma mère quand elle faisait les confitures
Où est passée ma mère

Où sont passés les jours de lessive
la lessiveuse qui ronflait sur le feu
le linge qu’on séchait au soleil
les draps qu’on pliait en riant
jusqu’à ce qu’on se fasse gronder
Où est passé le lavoir
le babillage des femmes y parlant des enfants
de leur homme
de la soupe qu’elles leur feront
s’il y a de quoi

Où sont passés les enclos
des jardins potagers
les huis jamais clos des maisons
les vélos sans cadenas
qui passaient la nuit dehors
le silence des rues

Où sont passés les cailloux dans les lentilles
la boîte à boutons
le loto en famille
les petits pois à écosser
Où est passée l’amertume des endives
l’odeur âcre du chou
et celle du cirage
Où est passée la brosse à cirage
la boîte de Lion noir
et celle d’encaustique

Où est passée la crèmerie
que sont devenus le pot à lait
le fourneau
les tartes du dimanche
le rôti des jours de fête
le pain perdu
les petits déjeuners en guise de souper

Où sont passés les vitriers qui criaient
V’là le vitrier qui passe
les étameurs, les rémouleurs
Où est passé le collecteur de peaux de lapins
le chiffonnier le chanteur de rue
l’agent de police
où est passée sa bicyclette
sa pélerine
et où ont bien pu passer
les bouteilles de vin qu’on posait à ses pieds
le premier janvier pour étrennes
Où sont passées les étrennes
et où est passé le crottin de cheval
qu’on ramassait pour les rosiers

Où sont passés les tailleurs
assis en tailleur sur leur table de coupe
les charrons
Où est passé le maréchal ferrant
qu’est devenue sa forge
que sont devenus
le rempailleur  le cordonnier
et pourquoi la fileuse s’est-elle défilée
Où est passé le tonnelier
Où sont passées les tentures mortuaires
qu’on posait sur les façades
les veillées funèbres
les veuves en noir
le crêpe au revers du veston

Où sont passés les chariots que les gamins fabriquaient
pour descendre à tombeau ouvert
les pentes les plus folles
et pour rendre leurs mères folles de peur
où sont passés les trous d’eau
les étangs les rivières
où on allait plonger pour épater les filles
où sont passées leurs poupées
et où est passé mon camion de pompier
mes Dinky-toys, mon train Hornby
ses wagons PLM
et le frigorifique Jef

Où est passé le Mistral
la Micheline et son poële à charbon
qu’on remplissait nous-mêmes
le dimanche soir
pour rejoindre l’école où j’étais en pension
Où sont passées les gares embrouillardées
de solitude
et que sont devenus les coeurs gros
des petits pensionnaires
Où sont passés la Grand Large, la Frégate, la PL 17
La Lambretta, le Super Constellation
les biplans des meetings aériens et les Fouga Magister

Qu’est devenue la barque de mon oncle
Sa buvette, ses amis de pétanque
et que sont devenus les poissons que
je n’ai jamais réussi à pêcher quand j’étais avec lui
et qu’il se moquait gentiment de moi
Que sont devenues les promenades en forêt
et où sont passés les brins de muguet que nous cueillions
et les brassées de coucou dont nous faisions des soleils
Où sont passés les paisibles dimanches
où l’ennui nous ravissait

Où sont passés les humbles mariages
les demoiselles d’honneur bleu ciel
les garçons rubiconds dans leur costume étriqué
la joie des vieux et leurs soupirs
les foins qui attendraient bien
les flonflons douloureux aux oreilles
les vieux garçons qui s’ennivrent
les tontons salaces et les tatas à moustache
Où donc ont-ils bien pu passer

Où sont passées mes amours
et que sont devenus ces êtres aimés
partis sur les ailes du vent
Où sont passées les années
en quel oubli de glace se sont-elles perdues ?

 

 

 

 

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La grande pierre des géants

Posté par Pierre Vaissiere le 28 août 2012

Quand je serai grand
j’aurai compris
qu’une fois devenu grand
je comprendrai

Alors je m’assiérai sur la grande pierre
des géants
celle de granit
celle du chemin qui mène à la grève

Je regarderai les mouettes
qui se moquent du vent

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24 heures chrono

Posté par Pierre Vaissiere le 21 juin 2012

La première heure pour remonter l’horloge
La seconde pour mettre à l’heure les minutes
La troisième pour minuter les secondes
La quatrième pour, en rêve, penser à la cinquième
Où on attendra la sixième
La septième heure pour égorger le coq
La huitième pour boire son sang
La neuvième pour abreuver les bêtes
La dixième pour saluer l’idiot du village
La onzième pour le voir rejoindre son errance
La douzième pour trahir
La treizième pour enterrer les morts
La quatorzième à confesse, face au curé qui desespère
La quinzième pour aller au diable
La seizième pour ériger une statue
La dix-septième pour rêver aux étoiles
La dix-huitième pour décrocher la Lune
Prendre son élan pour la dix-neuvième
Se faire juger à la vingtième
Brûler à la vingt et unième
Perdre la raison à la vingt-deuxième
S’effacer à la vingt-troisième heure
À la dernière, la toute dernière, remonter le temps avant de, une nouvelle fois, rater le train.

 

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