Si j’avais…

Posté par Pierre Vaissiere le 14 avril 2017

Si j’avais du souffle je ferais le vent
çui qui décoiffe, çui qui bise ou qui burle
mais aux tiédeurs je me ferais tendre et aimable risée
sur l’étang frémissant
Si j’avais du souffle je partirais à Murano

Si j’avais de la terre je ferais barrage
j’assècherais les larmes celles en crue des malheurs
me ferais jardinier céramiste ou sculpteur
j’élèverais des tertres où pousseraient des croix
Si j’avais de la terre je ferais fossoyeur

Si j’avais de l’eau je courrais les limagnes
y déposerais le limon
je laverais les sanies emporterais les souillures
j’arroserais les roses humecterais des lèvres
noierais les désespoirs
Si j’avais de l’eau je n’en mettrais pas
la moindre goutte dans mon vin

Si j’avais du vide je ferais terrier
tunnels caves et mines
creuserais des métros souterrains des caveaux infernaux
où faire grise mine
un abîme
des tubes et tuyaux qu’on se refilerait
je ferais poinçonneur
Si j’avais du vide je serais béance
pour y jeter oubli fleurs et photos fanées
Si j’avais du vide je le remplirais d’absence

Si j’avais du soleil je ferais le feu
j’incendierais les joues des gamines
à blanc je rougirais le fer
je réchaufferais le froid
rallumerais les coeurs éteints mal étreints
ravivrais les couleurs passées
je frangerais d’ocre les horizons au soir venu
Si j’avais du soleil je brunirais les visages
les burinerais

Si j’avais du souci je me ferais bouquet
un de mai, un de novembre
çui qu’on offre pour faire gentil
j’ornerais les vestibules aux tentures noires
j’honorerais le vivant embaumerais les défunts
Si j’avais du souci je n’aurais pas besoin de m’en faire

Si j’avais du temps je me ferais horloge
sablier montre à gousset
je déchausserais mes aiguilles
effacerais les chiffres
gripperais les mécanismes
je ne perdrais plus de temps à vouloir le gagner
Si j’avais du temps je l’enfouirais sous la tombe d’un poète
un jour de grand vent jour de pluie de vide épais
à Hiroshima
rue du Sans souci

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Amour

Posté par Pierre Vaissiere le 28 décembre 2016

Je l’ai appelé
à tire d’ailes il est venu
frrrtt frrrrt faisaient ses ailes
à mon oreille épanouie
Il était bleu il était jaune
il était rose et vert tendre
il était gris nuage
mercure d’argent arc en ciel
beau comme le sourire d’un cœur
fragile comme flocon de neige

Je l’ai pris entre mes bras gourds
l’ai baisé de mes lèvres avides
l’ai installé en ma demeure
m’en suis délecté tant et plus
l’ai serré fort contre ma poitrine
si fort si fort

Il s’est fait coquelicot
son chant s’est fait psalmodie
puis plainte des âges révolus
Pfschhh pfschhh
son enveloppe s’est froissée
délicatement déchirée

Un souffle de rien l’a détaché
de sa hampe de soie veloutée
il est tombé à mes pieds
solitaire dans l’immense champ de blé

J’ai tendu la main pour le recueillir
il s’est recroquevillé
s’est fait  goutte
de sang
coagulé

Je n’ai pas rougi de honte
j’ai seulement blêmi de rage
Mon herbier restera désert

 

 

 

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Pour toi

Posté par Pierre Vaissiere le 8 décembre 2016

Pour toi j’ai cueilli des mirettes
ces fleurs au regard étrange
un bouquet de crevettes
grises
le gris te va si bien si bien
avec ton coeur empétalé de
rose
Pour toi j’ai puisé quelques flaques
d’eau
sur le point de se faire glace
où mirer tes yeux vert d’étang féérique
Pour toi j’ai glané des chimères
des amères et des sucrées
pour assommer tes rêves quand ils se font
coaltar
Pour toi j’ai chanté des bluettes
à l’eau de rose
une eau tendre aux chagrins
douce aux iris en fleur
de tes yeux enlarmés

Pour toi j’ai décroché la Lune
elle était en plastique
et toc
même pas du bon plastique
Pour toi j’ai voulu gagner le gros lot
je n’ai pas même eu celui de consolation
qui m’aurait consolé

Pour toi pour toi
bla bla bla
je n’ai rien fait pour toi
Ce que j’ai fait c’est pour moi.

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Jardin des délices

Posté par Pierre Vaissiere le 7 octobre 2016

Planter des heures, en bandes bien ordonnées, mais pas trop.
Laisser quelques massifs de hasard.
Remplir l’arrosoir.
Y faire le plein de douceur du temps,
d’aubes prometteuses,
de pluies nourricières,
de soleil bienveillant.
Y joindre quelques graines de poètes, mais pas trop.
Répandre le contenu sur la terre, mais pas tout.
En garder pour plus tard, on ne sait jamais.
Regarder germer et poindre les jours,
ceux de suie et ceux de clarté.
En récolter les fruits, mais pas tous,
et de fiel ou de miel,en goûter les saveurs.

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Le temps de vivre

Posté par Pierre Vaissiere le 31 août 2016

D’errances en détours
de chemins buissonniers en ravines
marcher d’un pas de sénateur
pour ne pas manquer de voir
ce que l’œil a perçu en un éclair

Goûter le silence des caveaux
prêter l’oreille aux tumultes des insomnies
s’abandonner aux songes
se promener dans les bois
ne rien couper des lauriers
pour ne pas manquer d’ouïr
ce que l’oreille a entendu

Sentir l’humus
humer l’écorce de l’arolle
suivre ses propres pas
débarouler dans un pierrier
s’égratigner dans les ronces
se gaver de mûres et d’airelles
se planter là
y prendre racine

Respirer
taire ce que l’on se raconte
laisser s’installer le rien
clore les paupières si elles le veulent bien
pour l’instant
prendre le temps de vivre

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Les bouquets écarlates

Posté par Pierre Vaissiere le 22 décembre 2015

Pendant qu’ici on s’aime bien un peu
pas toujours on s’y essaie
sans trop jamais y parvenir…
ailleurs, on s’applique à se haïr
avec tant de passion
qu’on en oublie de vivre.

Tandis qu’ici
sous l’ombre orangée d’une tonnelle
où mauves blanches et violines
fleurissent en grappes légères
les printemps aux suaves senteurs,
on prend le temps de le prendre,
ailleurs on n’a que celui de mourir
ou celui en boucles de souffrir

Ailleurs, on ensemence la terre
nulle cendre ne fait ombre
aux festins des mouches royales
à la table des grands invitées.
Les voilà à grandes lampées
qui sucent goulues les restes
de ce qu’à l’envi ont meurtri les oiseaux d’acier
et leur progéniture de plomb

Ici aux heures creuses d’une indolente indifférence
on se repaît d’une paix tranquille
glanée aux rythme des faulx
des sabres et lames assassines
qu’ailleurs on a fourbies
il faut bien qu’elles rutilent

Là-bas on a tondu rasé opprimé tué
dépouillé de leurs hardes
les cadavres sans nom
tandis qu’ailleurs
en attendant que sonnent les cors de gloire
d’autres venus d’ici
raccrochent aux rateliers
les armes ensanglantées.

Aux murs chaulés de blanc
éclosent de jolies fleurs
d’un soyeux écarlate
que l’on s’offre en opimes

 

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Une balle assassine

Posté par Pierre Vaissiere le 22 novembre 2015

Au froid dans ma robe de métal froid
acier et laiton rutilants
parfait design
mouvement

J’entre dans la chambre
j’attends
L’impatience me gagne
quand verrai-je le jour ?

C’est le tunnel
la lueur au bout
m’appelle
Assourdie je jaillis

Déchirure de l’air
qui s’écarte
Je ne quitte pas des yeux la ligne de mire
la suivre
l’épouser
tenir
fendre l’éther
jusqu’à la cible
y pénétrer
en force
m’y écraser
sacrifice

éclatement fournaise
violence
bris de vitres
irruption
la coquille craque
le crâne explose
tant pis
continuer
éruption

de l’autre côté du tunnel
le ciel, la terre, les eaux ont rougi
c’est le feu

Au chaud dans ma robe de soie incarnat
lave et nectar me baignent
Viennent les ombres

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Désert

Posté par Pierre Vaissiere le 30 juin 2015

Midi. Sépulture des ombres.
S’y couler, tenter de s’en saisir pour retrouver l’illusion du vivre.
Mon regard se perd à l’horizon, m’absorbant dans sa disparition.
Fondu coulé dans le paysage,
émerge ce sentiment d’être qu’offrent les naufrages.
La nuit viendra donner forme à ce que l’embrasement avait soustrait à l’entendement.
Minuit. Je ne saurais déserter ce territoire sans frontière.
Je reste à mon désert.

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Mon prochain bouquet pour la saint Valentin

Posté par Pierre Vaissiere le 2 juin 2015

Des chardons bleus pour les mirettes
des coquelicots pour les lèvres
du muguet pour les quenottes
du mimosa pour les oreilles
un iris pour les narines
des lis pour le torrent de ses cheveux bouclés

un bambou pour le cou
d’un poirier ses fruits pour les seins
des digitales pour les menottes
un anthurium pour sa vulve rondelette
un arum pour son mignon rectum
à moins d’un crocus pour son joli anus
si vous préférez

des passiflores pour l’apaiser
une azalée pour ses larmes sucrées
des pavots pour qu’elle s’envole
un gerbera pour ses nausées
des narcisses pour quand elle se fait belle
des pétunias pour pétuler
un aster pour lui porter chance
des boutons d’or pour son acné
des genêts pour la vieillesse
un camélia pour le spleen
des chrysanthèmes pour ses voyages
un cyclamen pour ses prières
un tournesol pour nous faire tourner la tête
(vous ferez une note à part)

des gentianes pour l’apéritif
sans oublier les cacahuètes qui lui font faire des pirouettes
(c’est pas des fleurs, ça vous embête ?)
un aloès pour son piquant
à Pâques, frémissant, du buis sur le poêle
(nous disposons d’un tel appareil de chauffage)
des anémones pour ses bains de mer
des sentes bordées d’agapanthes
des crocus féroces pour la protéger
des églantines insoumises et révolutionnaires
un nénuphar pour la guider les jours de nuit noire

C’est tout
C’est tout ce qu’il me faut pour ce bouquet, madame la fleuriste.
Soyez gentille de me le préparer pour la prochaine saint Valentin. Une année passée, me reverrez.
Merci madame,au revoir.

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