Si seulement j’avais perdu la mémoire

Posté par Pierre Vaissiere le 29 novembre 2016

Ma mémoire est si solidement ancrée qu’elle ne peut se détacher
des hauts fonds où je lai jetée

Les jours de houle comme ceux de grand vent
où la mer se déchaîne
elle remonte suivant la chaîne
maillon après maillon
explose sur le pont
m’éclabousse de mille images
rattachées au passé

Elle me montre les rires
elle me montre la douceur de l’insouciance
la langueur de l’ignorance
elle me montre ce que j’ai perdu
elle me montre ceux qui se sont perdus
et errent aux confins de la vie
elle me nargue narquoise
sans jamais me parler de ce qui
en ce temps de jeunesse me faisait mal :
l’avenir et sa lassitude du vivre qui viendraient
on le sait

Si seulement j’avais perdu la mémoire
voir mon image dans le miroir
m’apparaîtrait promesse

J’ai toute ma tête hélas
Quand la perdrai-je à tout jamais ?

 

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Désert

Posté par Pierre Vaissiere le 30 juin 2015

Midi. Sépulture des ombres.
S’y couler, tenter de s’en saisir pour retrouver l’illusion du vivre.
Mon regard se perd à l’horizon, m’absorbant dans sa disparition.
Fondu coulé dans le paysage,
émerge ce sentiment d’être qu’offrent les naufrages.
La nuit viendra donner forme à ce que l’embrasement avait soustrait à l’entendement.
Minuit. Je ne saurais déserter ce territoire sans frontière.
Je reste à mon désert.

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Nombres

Posté par Pierre Vaissiere le 30 octobre 2012

1, le point, point à la ligne
2, la ligne, courbe aux confins d’un infini qui s’évade
3, l’aire de rien, suspendue
4, la forme
5, avec le temps qui la déforme
6, 7, 8, 9, qu’en saurais-je ?
0, jamais

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Inventaire

Posté par Pierre Vaissiere le 20 octobre 2012

Où est passé l’angélus
où sont passées les bonnes soeurs à cornette
les curés en soutane et leurs drôles de chapeaux
les fêtes Dieu et les pétales de roses
que jetaient les gamins
au passage du cortège
Où sont passés la grand messe
les politesses sur le parvis de l’église
les gateaux du dimanche
le catéchisme et le patronnage
Où sont passés les brassards des communiants
les aubes des enfants de choeur
Où est passé le confessionnal
où on s’inventait des pêchés sans nom
Pour être pardonnés des sottises
qu’on n’avait pas faites

Où sont passées les culottes, les chandails, cardigans et souliers
les robes chasubles
les gants blancs, chapeaux et voilettes
les aumônières
Où sont passées les filles en jupette bleu marine
socquettes et chemisier blanc à col Claudine
leur foulard sur la tête
les salopettes et bleus de travail
Où sont passés les vestons les vareuses
les galoches les bretelles
tricots de peau et caleçons longs

Où sont passées les tresses, les nattes, les queues de cheval
les cheveux en brosse
les toisons intimes
les visages sans fard
les serviettes hygiéniques
les rondelles de concombre
que mes soeurs se mettaient sur le visage
pour avoir un beau teint

Où sont passées les boucheries
leurs étals ouverts sur la rue
les pièces de viande qu’on décorait à Pâques
Où est passé le tablier du boucher
celui du sapeur
celui de ma mère quand elle faisait les confitures
Où est passée ma mère

Où sont passés les jours de lessive
la lessiveuse qui ronflait sur le feu
le linge qu’on séchait au soleil
les draps qu’on pliait en riant
jusqu’à ce qu’on se fasse gronder
Où est passé le lavoir
le babillage des femmes y parlant des enfants
de leur homme
de la soupe qu’elles leur feront
s’il y a de quoi

Où sont passés les enclos
des jardins potagers
les huis jamais clos des maisons
les vélos sans cadenas
qui passaient la nuit dehors
le silence des rues

Où sont passés les cailloux dans les lentilles
la boîte à boutons
le loto en famille
les petits pois à écosser
Où est passée l’amertume des endives
l’odeur âcre du chou
et celle du cirage
Où est passée la brosse à cirage
la boîte de Lion noir
et celle d’encaustique

Où est passée la crèmerie
que sont devenus le pot à lait
le fourneau
les tartes du dimanche
le rôti des jours de fête
le pain perdu
les petits déjeuners en guise de souper

Où sont passés les vitriers qui criaient
V’là le vitrier qui passe
les étameurs, les rémouleurs
Où est passé le collecteur de peaux de lapins
le chiffonnier le chanteur de rue
l’agent de police
où est passée sa bicyclette
sa pélerine
et où ont bien pu passer
les bouteilles de vin qu’on posait à ses pieds
le premier janvier pour étrennes
Où sont passées les étrennes
et où est passé le crottin de cheval
qu’on ramassait pour les rosiers

Où sont passés les tailleurs
assis en tailleur sur leur table de coupe
les charrons
Où est passé le maréchal ferrant
qu’est devenue sa forge
que sont devenus
le rempailleur  le cordonnier
et pourquoi la fileuse s’est-elle défilée
Où est passé le tonnelier
Où sont passées les tentures mortuaires
qu’on posait sur les façades
les veillées funèbres
les veuves en noir
le crêpe au revers du veston

Où sont passés les chariots que les gamins fabriquaient
pour descendre à tombeau ouvert
les pentes les plus folles
et pour rendre leurs mères folles de peur
où sont passés les trous d’eau
les étangs les rivières
où on allait plonger pour épater les filles
où sont passées leurs poupées
et où est passé mon camion de pompier
mes Dinky-toys, mon train Hornby
ses wagons PLM
et le frigorifique Jef

Où est passé le Mistral
la Micheline et son poële à charbon
qu’on remplissait nous-mêmes
le dimanche soir
pour rejoindre l’école où j’étais en pension
Où sont passées les gares embrouillardées
de solitude
et que sont devenus les coeurs gros
des petits pensionnaires
Où sont passés la Grand Large, la Frégate, la PL 17
La Lambretta, le Super Constellation
les biplans des meetings aériens et les Fouga Magister

Qu’est devenue la barque de mon oncle
Sa buvette, ses amis de pétanque
et que sont devenus les poissons que
je n’ai jamais réussi à pêcher quand j’étais avec lui
et qu’il se moquait gentiment de moi
Que sont devenues les promenades en forêt
et où sont passés les brins de muguet que nous cueillions
et les brassées de coucou dont nous faisions des soleils
Où sont passés les paisibles dimanches
où l’ennui nous ravissait

Où sont passés les humbles mariages
les demoiselles d’honneur bleu ciel
les garçons rubiconds dans leur costume étriqué
la joie des vieux et leurs soupirs
les foins qui attendraient bien
les flonflons douloureux aux oreilles
les vieux garçons qui s’ennivrent
les tontons salaces et les tatas à moustache
Où donc ont-ils bien pu passer

Où sont passées mes amours
et que sont devenus ces êtres aimés
partis sur les ailes du vent
Où sont passées les années
en quel oubli de glace se sont-elles perdues ?

 

 

 

 

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C’est de cela que s’est teint notre regard

Posté par Pierre Vaissiere le 29 septembre 2012

De bruine, de nuées
de temps qui prend tout son temps
pour nous balader,
nous embobine
De lueurs, de rais qui  labourent les rétines
de fraîche douceur d’après l’orage
d’après le foehn
De cimes écarlates
de soleil qui se languit
de son coucher
loin, là-bas, outre-mer
Du bruit des roues sur l’asphalte
des minutes qui font écran
et séparent des embrassades
du péage, tout se paie
même s’il ne s’agit que d’aimer
De roches éclaboussées
la lumière est divine
des dieux qui se réjouissent
de leur magistral coup de patte
quels artistes
C’est de cela que s’est teint notre regard

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La lueur des étoiles

Posté par Pierre Vaissiere le 16 mars 2012

Je fouille les poubelles de mon inconscient

Elle fait les poubelles de mon immeuble

Je ramène chez mon psy ce quye j’y ai trouvé

Elle ramène à ses enfants de quoi ne pas mourir de faim

Je le paie pour m’entendre dire que je suis malheureux

elle se tait, les regarde manger

 

Je geins,me plains

Elle gémit, se tait

 

 

J’invite ma chérie dans un restau

pas si cher que ça

elle invite ses enfants à se satisfaire de ça

je rote, je pète, je défèque

ils rêvent à ce qu’ils mangeront demain, peut-être

 

Je compatis, je prie, j’espère pour eux que…

Ils savent, ils regardent tomber la nuit

s’imaginant que les lueurs sont celles des étoiles

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