Les bouquets écarlates

Posté par Pierre Vaissiere le 22 décembre 2015

Pendant qu’ici on s’aime bien un peu
pas toujours on s’y essaie
sans trop jamais y parvenir…
ailleurs, on s’applique à se haïr
avec tant de passion
qu’on en oublie de vivre.

Tandis qu’ici
sous l’ombre orangée d’une tonnelle
où mauves blanches et violines
fleurissent en grappes légères
les printemps aux suaves senteurs,
on prend le temps de le prendre,
ailleurs on n’a que celui de mourir
ou celui en boucles de souffrir

Ailleurs, on ensemence la terre
nulle cendre ne fait ombre
aux festins des mouches royales
à la table des grands invitées.
Les voilà à grandes lampées
qui sucent goulues les restes
de ce qu’à l’envi ont meurtri les oiseaux d’acier
et leur progéniture de plomb

Ici aux heures creuses d’une indolente indifférence
on se repaît d’une paix tranquille
glanée aux rythme des faulx
des sabres et lames assassines
qu’ailleurs on a fourbies
il faut bien qu’elles rutilent

Là-bas on a tondu rasé opprimé tué
dépouillé de leurs hardes
les cadavres sans nom
tandis qu’ailleurs
en attendant que sonnent les cors de gloire
d’autres venus d’ici
raccrochent aux rateliers
les armes ensanglantées.

Aux murs chaulés de blanc
éclosent de jolies fleurs
d’un soyeux écarlate
que l’on s’offre en opimes

 

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Migrants

Posté par Pierre Vaissiere le 13 juin 2015

Sombre l’eau
sombres les masques de cire
sombre la barque

Vifs les coups de trique
tranchants ceux des machettes
trop court
le bras qui s’agrippe
trop loin les mains secourables

Mat le son des brodequins
sur les corps qui se vident puants
sec celui des fouets qui tempêtent
lacérées les chairs
où éclosent de vermeilles zébrures

Immonde la glaire des saillies
des bêtes ivres qui s’acharnent
sur celles souillées qu’ils font veuves
damnés les monstres
qui en jouissent et en rient

Fous les yeux des passeurs
terrifiés ceux des enfants
pétrifiés les frères sur la berge
glacés d’effroi gorge nouée

Acérées les épines d’acier
claquemurées les colères d’un silence obligé
retrouvés les réflexes d’antan
être migrant est un crime
aider un migrant un délit
comme le fut aider un juif

Baîllonné le vernis des consciences
méprisable le silence des nations
nauséeux l’oubli des génocides

Fringant le drapeau de l’Union
aux douze étoiles qui rutilent
phare dans la nuit des espérants
il claque aux vents de l’égoïsme

Mise en lambeaux la bannière étoilée
dispersés les brandons éteints
brisée la hampe détruit le phare
lavées les mains
aux eaux troubles de l’indifférence

 

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Une vie

Posté par Pierre Vaissiere le 15 octobre 2014

Chiffonnée à l’aurore
épanouie à midi
flétrie au long des longues parties de bridge
avec ces dames
de bonne extraction
ou au cours des marches sans autre but que l’errance
fanée à l’heure où les chiens se prennent pour des loups
froide et roide au crépuscule venu
oubliée dès la veille des morts
pas assez vite enterrée
au son pourtant de prières bâclées
expédiées
et de litanies lénifiantes jugées interminables
ne durant qu’un instant d’éternité malvenue
jamais aimée, ni regrettée
ni aimable ni aimante
froide et roide
toujours et encore
de ses lèvres pincées 
s’exhale l’odeur des cimetières
celle des huiles qu’on instille goutte à goutte
dans les horloges comtoises
pour aider le temps à faire son œuvre.
Elle a perdu son nom
elle n’est qu’une ombre
la vie.

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Promenade en ville

Posté par Pierre Vaissiere le 9 décembre 2013

Uu carton, un lit
un pébroque
des sacs poubelle
un toit

un trottoir
un porche
une encoignure
un concierge
des coups
de pied au cul

une poussette
une bagnole
des lucioles
les étoiles

du gros rouge
la fiesta
un mégot
nirvana

des journaux
un pull
un croûton
gueuleton

une piècette
cinq minutes
de rabiot
à survivre

un sourire
espéré
des flics
un crachat
la toux

la caillante
le samu
social
un dortoir
un mouroir

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Noyade

Posté par Pierre Vaissiere le 6 décembre 2013

Une goutte
de sueur
un rien de peur
une alarme

Une goutte
de pluie
sous le préau
un enfant

Une goutte
de rosée
un bref cristal
à l’aurore

Une goutte
de lait
toute dernière
la colère

Une goutte
de trop
de froides larmes
la rivière

Une goutte
c’est tout
le dégoût d’être
un naufrage

 

 

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Chasse à courre

Posté par Pierre Vaissiere le 22 septembre 2013

De loin on les a vu venir
flambant neuves voguant à vue
sur les lames de lave
des volcans en folie
les furies

Les gens n’y ont vu que du feu
yeux de braises sablés de cendres
comme statues de sel
qui nourriront les larmes
bien plus tard

Dans leurs riches habits de guerre
venant de lointaines étoiles
les fins oiseaux d’acier
une salve d’horreur
ont lâchée

Vermeil et rubis ont éclos
défaits les liens brisés les coeurs
close la chasse à courre
qu’advienne la prochaine
dès demain

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La marche de l’homme

Posté par Pierre Vaissiere le 27 février 2013

De longs détours en longs détours
tordus
marche l’homme
route épineuse pierrailles
gangue d’asphalte coaltar
glue ou béton
à marcher sur la tête
l’homme se perd

Il a borné les déserts
dressé les murs
érigé les frontières
asséché les mers
mis la nature en vrac
congélateur conserves
brûlé les champs de blé
il est perdu

Il a émasculé
il a désertifié
il pense
marche l’homme à reculons
la peur l’a pris
miroir au bout du chemin
poubelle

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D’autres saluts nous sauveront

Posté par Pierre Vaissiere le 8 janvier 2013

Gare du Jour neuf et de l’An nouveau
l’accueil s’offre et se cueille.
Je souris, tu me souris,
les vitres du train s’évaporent.
Nos bras se tendent pour,
à grandes brassées,
glaner ces bonheurs épanis,
fétus d’humbles joies.
Par les yeux s’épanchent les coeurs
tandis que s’ébranlent les trains
qui plus jamais, ici, ne se recroiseront.
A nouveau les voies sont libres
d’autres saluts nous sauveront.

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Château de sable

Posté par Pierre Vaissiere le 9 septembre 2012

En bord de mer l’océan, du vent, pas toujours, souvent
que concoctent les arbres, pins et chêne,
ceux dont on fait les bouchons pour ne pas entendre
les sottises que raconte le vent
ceux dont on tire les six, sept ou huit planches
ça dépend des moyens
qui ne serviront pas si on est en haute mer

Grève. Où, fatigué, on pourrait se reposer
s’il n’y avait pas le mugissement des veaux
pas ceux sous la mère qui n’a plus de lait
monte le son, chérie
ni le cri des rampants, sales gosses qui se chamaillent
pour un château de sable sans princesse
ni douves pour y noyer le cafard
et celui des grouillants, sales mômes
qui chialent pour un oui pour un non
comme si c’était si important de n’avoir plus
ni père ni mère ni chien, sale bête.

L’océan. Où noyer le chagrin des petits mousses
qui se font rouler nique et bernique
dans les lames coupantes, avec le givre, c’est terrible
dans la farine
grumeau de chair tendre
le tonneau c’est jamais fini, à cause
de la grande fringale des brigands
La révolte, moussaillon, ça existe

La mer qui n’est plus l’océan
lorsqu’elle se fait station balnéaire banale
c’est le four en été avec les marcels qui montrent
à quel point le soleil a dardé la peau des veaux
et des grosses truies de plus en plus roses
les jeux de ballons, le seau, la pelle, encore un château
fort, celui-ci, pour qu’aucune lame ne le vienne abattre
à coups des assauts redoublés
de chevaliers démis de leur fonction
surveiller la princesse, c’était pas si compliqué
crois-y petit croisé sans bateau
qui rêve à de lointaines croisières
là-bas, c’est comme ça qu’il l’appelle
ce pays outremer où il n’ira jamais

 

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Distante

Posté par Pierre Vaissiere le 28 août 2012

Elle était belle, elle était jeune
Elle était douce et présente
avec ce quelque chose qui fait la distance
Elle était blanche
Elle était froide.

Je l’ai prise dans les bras,
l’ai bercée longuement
sans jamais parvenir à la réveiller.

Je me suis allongé,
ai clos mes paupières

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