Déjà que…

Posté par Pierre Vaissiere le 18 juillet 2017

Déjà que la nuit était venue
Déjà que le vent s’était levé
Déjà que les flots étaient mouillés
et pareils nos tricots de peau qu’on avait mis à sécher sur le pont
Déjà que nous avions viré le capitaine par dessus bord
quand il avait donné l’ordre de virer de bord
Déjà qu’à trop lever le verre nous avions oublié de lever l’ancre
Déjà que la veille un gros malin avait mis la chaloupe à l’eau
après que l’équipage avait poussé la chansonnette…
Déjà que le second avait chouravé les rustines des gilets de sauvetage
pour remplacer les pions du jeu de dames qu’un coup de roulis avait balancés à la baille
Déjà que le rafiot prenait de la gîte du côté qu’il avait décidé de sombrer
Déjà que nous étions bel et bien dans la merde…
Il avait fallu qu’une mouette me chie dessus.

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Si j’avais…

Posté par Pierre Vaissiere le 14 avril 2017

Si j’avais du souffle je ferais le vent
çui qui décoiffe, çui qui bise ou qui burle
mais aux tiédeurs je me ferais tendre et aimable risée
sur l’étang frémissant
Si j’avais du souffle je partirais à Murano

Si j’avais de la terre je ferais barrage
j’assècherais les larmes celles en crue des malheurs
me ferais jardinier céramiste ou sculpteur
j’élèverais des tertres où pousseraient des croix
Si j’avais de la terre je ferais fossoyeur

Si j’avais de l’eau je courrais les limagnes
y déposerais le limon
je laverais les sanies emporterais les souillures
j’arroserais les roses humecterais des lèvres
noierais les désespoirs
Si j’avais de l’eau je n’en mettrais pas
la moindre goutte dans mon vin

Si j’avais du vide je ferais terrier
tunnels caves et mines
creuserais des métros souterrains des caveaux infernaux
où faire grise mine
un abîme
des tubes et tuyaux qu’on se refilerait
je ferais poinçonneur
Si j’avais du vide je serais béance
pour y jeter oubli fleurs et photos fanées
Si j’avais du vide je le remplirais d’absence

Si j’avais du soleil je ferais le feu
j’incendierais les joues des gamines
à blanc je rougirais le fer
je réchaufferais le froid
rallumerais les coeurs éteints mal étreints
ravivrais les couleurs passées
je frangerais d’ocre les horizons au soir venu
Si j’avais du soleil je brunirais les visages
les burinerais

Si j’avais du souci je me ferais bouquet
un de mai, un de novembre
çui qu’on offre pour faire gentil
j’ornerais les vestibules aux tentures noires
j’honorerais le vivant embaumerais les défunts
Si j’avais du souci je n’aurais pas besoin de m’en faire

Si j’avais du temps je me ferais horloge
sablier montre à gousset
je déchausserais mes aiguilles
effacerais les chiffres
gripperais les mécanismes
je ne perdrais plus de temps à vouloir le gagner
Si j’avais du temps je l’enfouirais sous la tombe d’un poète
un jour de grand vent jour de pluie de vide épais
à Hiroshima
rue du Sans souci

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Amour

Posté par Pierre Vaissiere le 28 décembre 2016

Je l’ai appelé
à tire d’ailes il est venu
frrrtt frrrrt faisaient ses ailes
à mon oreille épanouie
Il était bleu il était jaune
il était rose et vert tendre
il était gris nuage
mercure d’argent arc en ciel
beau comme le sourire d’un cœur
fragile comme flocon de neige

Je l’ai pris entre mes bras gourds
l’ai baisé de mes lèvres avides
l’ai installé en ma demeure
m’en suis délecté tant et plus
l’ai serré fort contre ma poitrine
si fort si fort

Il s’est fait coquelicot
son chant s’est fait psalmodie
puis plainte des âges révolus
Pfschhh pfschhh
son enveloppe s’est froissée
délicatement déchirée

Un souffle de rien l’a détaché
de sa hampe de soie veloutée
il est tombé à mes pieds
solitaire dans l’immense champ de blé

J’ai tendu la main pour le recueillir
il s’est recroquevillé
s’est fait  goutte
de sang
coagulé

Je n’ai pas rougi de honte
j’ai seulement blêmi de rage
Mon herbier restera désert

 

 

 

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Pour toi

Posté par Pierre Vaissiere le 8 décembre 2016

Pour toi j’ai cueilli des mirettes
ces fleurs au regard étrange
un bouquet de crevettes
grises
le gris te va si bien si bien
avec ton coeur empétalé de
rose
Pour toi j’ai puisé quelques flaques
d’eau
sur le point de se faire glace
où mirer tes yeux vert d’étang féérique
Pour toi j’ai glané des chimères
des amères et des sucrées
pour assommer tes rêves quand ils se font
coaltar
Pour toi j’ai chanté des bluettes
à l’eau de rose
une eau tendre aux chagrins
douce aux iris en fleur
de tes yeux enlarmés

Pour toi j’ai décroché la Lune
elle était en plastique
et toc
même pas du bon plastique
Pour toi j’ai voulu gagner le gros lot
je n’ai pas même eu celui de consolation
qui m’aurait consolé

Pour toi pour toi
bla bla bla
je n’ai rien fait pour toi
Ce que j’ai fait c’est pour moi.

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Si seulement j’avais perdu la mémoire

Posté par Pierre Vaissiere le 29 novembre 2016

Ma mémoire est si solidement ancrée qu’elle ne peut se détacher
des hauts fonds où je lai jetée

Les jours de houle comme ceux de grand vent
où la mer se déchaîne
elle remonte suivant la chaîne
maillon après maillon
explose sur le pont
m’éclabousse de mille images
rattachées au passé

Elle me montre les rires
elle me montre la douceur de l’insouciance
la langueur de l’ignorance
elle me montre ce que j’ai perdu
elle me montre ceux qui se sont perdus
et errent aux confins de la vie
elle me nargue narquoise
sans jamais me parler de ce qui
en ce temps de jeunesse me faisait mal :
l’avenir et sa lassitude du vivre qui viendraient
on le sait

Si seulement j’avais perdu la mémoire
voir mon image dans le miroir
m’apparaîtrait promesse

J’ai toute ma tête hélas
Quand la perdrai-je à tout jamais ?

 

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Jardin des délices

Posté par Pierre Vaissiere le 7 octobre 2016

Planter des heures, en bandes bien ordonnées, mais pas trop.
Laisser quelques massifs de hasard.
Remplir l’arrosoir.
Y faire le plein de douceur du temps,
d’aubes prometteuses,
de pluies nourricières,
de soleil bienveillant.
Y joindre quelques graines de poètes, mais pas trop.
Répandre le contenu sur la terre, mais pas tout.
En garder pour plus tard, on ne sait jamais.
Regarder germer et poindre les jours,
ceux de suie et ceux de clarté.
En récolter les fruits, mais pas tous,
et de fiel ou de miel,en goûter les saveurs.

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Le temps de vivre

Posté par Pierre Vaissiere le 31 août 2016

D’errances en détours
de chemins buissonniers en ravines
marcher d’un pas de sénateur
pour ne pas manquer de voir
ce que l’œil a perçu en un éclair

Goûter le silence des caveaux
prêter l’oreille aux tumultes des insomnies
s’abandonner aux songes
se promener dans les bois
ne rien couper des lauriers
pour ne pas manquer d’ouïr
ce que l’oreille a entendu

Sentir l’humus
humer l’écorce de l’arolle
suivre ses propres pas
débarouler dans un pierrier
s’égratigner dans les ronces
se gaver de mûres et d’airelles
se planter là
y prendre racine

Respirer
taire ce que l’on se raconte
laisser s’installer le rien
clore les paupières si elles le veulent bien
pour l’instant
prendre le temps de vivre

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Les bouquets écarlates

Posté par Pierre Vaissiere le 22 décembre 2015

Pendant qu’ici on s’aime bien un peu
pas toujours on s’y essaie
sans trop jamais y parvenir…
ailleurs, on s’applique à se haïr
avec tant de passion
qu’on en oublie de vivre.

Tandis qu’ici
sous l’ombre orangée d’une tonnelle
où mauves blanches et violines
fleurissent en grappes légères
les printemps aux suaves senteurs,
on prend le temps de le prendre,
ailleurs on n’a que celui de mourir
ou celui en boucles de souffrir

Ailleurs, on ensemence la terre
nulle cendre ne fait ombre
aux festins des mouches royales
à la table des grands invitées.
Les voilà à grandes lampées
qui sucent goulues les restes
de ce qu’à l’envi ont meurtri les oiseaux d’acier
et leur progéniture de plomb

Ici aux heures creuses d’une indolente indifférence
on se repaît d’une paix tranquille
glanée aux rythme des faulx
des sabres et lames assassines
qu’ailleurs on a fourbies
il faut bien qu’elles rutilent

Là-bas on a tondu rasé opprimé tué
dépouillé de leurs hardes
les cadavres sans nom
tandis qu’ailleurs
en attendant que sonnent les cors de gloire
d’autres venus d’ici
raccrochent aux rateliers
les armes ensanglantées.

Aux murs chaulés de blanc
éclosent de jolies fleurs
d’un soyeux écarlate
que l’on s’offre en opimes

 

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Une balle assassine

Posté par Pierre Vaissiere le 22 novembre 2015

Au froid dans ma robe de métal froid
acier et laiton rutilants
parfait design
mouvement

J’entre dans la chambre
j’attends
L’impatience me gagne
quand verrai-je le jour ?

C’est le tunnel
la lueur au bout
m’appelle
Assourdie je jaillis

Déchirure de l’air
qui s’écarte
Je ne quitte pas des yeux la ligne de mire
la suivre
l’épouser
tenir
fendre l’éther
jusqu’à la cible
y pénétrer
en force
m’y écraser
sacrifice

éclatement fournaise
violence
bris de vitres
irruption
la coquille craque
le crâne explose
tant pis
continuer
éruption

de l’autre côté du tunnel
le ciel, la terre, les eaux ont rougi
c’est le feu

Au chaud dans ma robe de soie incarnat
lave et nectar me baignent
Viennent les ombres

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Rien qu’un souffle de rien

Posté par Pierre Vaissiere le 2 novembre 2015

C’était quoi son nom, c’était quoi son prénom
c’était quoi son âge
c’était quoi ses nuages, c’était quoi ses orages
c’était quoi ses peut-êtr’ c’était quoi ses demains
oubliée la mémoir’ perdus les souvenirs
c’était où tu t’rappelles ?

J’en sais rien, d’mandes au chien
au facteur à Firmin
l’bistroquet du quartier
çui qu’a cloué la Lun’ sur sa porte d’entrée
qui vendait pour trois sous de d’sous son zinc en rade
du gros rouge aux rouquins
du p’tit blanc qui rend saoul
d’ la bibin’ d’occasion à faire pleurer les anges

ses yeux bleu délavé trop d’lessive à la cendre
trop de sel aux racines et de sables mouvants
c’était quoi ses alarmes

c’était quoi ses tourments c’était quoi ses mirages
c’était quoi son âme
c’était quoi son visage et ses lèvres scellées
la cire du secret au soleil ne fond pas
c’était quoi l’heur’ de plomb c’était quoi le tocsin
mains jointes en prière
c’était quoi

Si ça se trouv’ c’était rien
rien qu’un souffle de rien
rien qu’un rêve de rien
aile de coqu’licot pétal’ de papillon
d’un miroir la buée souffle d’un disparu
fragile si fragile

la lame je l’ai vue plus fourbe que le temps
plus courbe que l’espac’ plus vive que l’instant
je suis la vérité a-t-elle dit en sifflant
chuiiiiiiiit

 

 

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