Mélodie

Posté par Pierre Vaissiere le 4 avril 2012

Avec son air d’airain, son air de rien
son air de pas y toucher
son air ottomane
qu’elle trimballe à tout va à tout vent
çui qui chaparde les chapeaux
pépères ou mémères
qui la fait s’envoler en l’air, c’te blague
ma toquée, ma diablesse sous ses airs de chérubine
aux éthers se shoote, ballon noir, ballon rouge
que j’te tiens la ficelle, d’entre les doigts me glisse
ciao la bella
mon étheromane

Avec ses yeux de satan
qu’on dirait du chat
ses cils pubiens qu’ont rien du chiendent
crissent pas touche à hue et à dia
ma sainte nitouche n’en pense pas moins
qui me susurre, serpent, tais-toi viens à moi
croquer ma pomme
érotomane

À ses ailes épinglées m’accroche
tête haute dans les sphères de feutre
glace en fusion
coule en gammes anachromiques
piaillent à l’azur les bêtes ailées
gemme, elle scintille
mélomaniaque

Je la dis mélodie

Publié dans Histoires d'humains | Pas de Commentaire »

Son empreinte dissout l’absence

Posté par Pierre Vaissiere le 20 mars 2012

Lui murmurer, dire,
chanter tout doux d’abord,
puis fort,
Non que son coeur ne sache entendre,
mais pour que le vent témoigne.

Il pense aux soleils.
Ces poussières de lumière que sa présence
pose ici et là,  partout.
Qu’elle soit là, d’ailleurs, ou ailleurs.

Sa pensée d’elle irise les grisailles,
réchauffe la demeure,
ouvre une fenêtre puis une autre,
une porte.

Son empreinte dissout l’absence
qui s’enfuit
tandis qu’elle va, s’en allant.

La voilà, présente,
cadeau que la vie lui offre.
Il la reconnaît.

Publié dans Histoires d'humains | Pas de Commentaire »

La lueur des étoiles

Posté par Pierre Vaissiere le 16 mars 2012

Je fouille les poubelles de mon inconscient

Elle fait les poubelles de mon immeuble

Je ramène chez mon psy ce quye j’y ai trouvé

Elle ramène à ses enfants de quoi ne pas mourir de faim

Je le paie pour m’entendre dire que je suis malheureux

elle se tait, les regarde manger

 

Je geins,me plains

Elle gémit, se tait

 

 

J’invite ma chérie dans un restau

pas si cher que ça

elle invite ses enfants à se satisfaire de ça

je rote, je pète, je défèque

ils rêvent à ce qu’ils mangeront demain, peut-être

 

Je compatis, je prie, j’espère pour eux que…

Ils savent, ils regardent tomber la nuit

s’imaginant que les lueurs sont celles des étoiles

Publié dans Non classé | Pas de Commentaire »

Lorsque la Terre s’est arrêtée de tourner

Posté par Pierre Vaissiere le 13 mars 2012

Il a marché, marché, marché, encore marché.
Lorsqu’il s’est arrêté de marcher
La Terre s’est arrêtée de tourner.

Il a rêvé, rêvé, longuement rêvé.
Lorsqu’il s’est réveillé
C’était le silence du vide,
Celui du rien,
Celui de la solitude,
Celui de la plénitude.

Il a souri.

Publié dans Histoires d'humains | Pas de Commentaire »

Rien que l’errance des jours

Posté par Pierre Vaissiere le 18 février 2012

Rien qu’un peu de vent
Rien qu’un peu de neige
Rien que beaucoup de rien
Tout ce qu’il faut pour n’être rien
Aux yeux des gens qui passent

Rien qu’un peu d’indifférence
Rien d’autre qu’un pauvre sou jeté
Rien qu’un peu de gêne
Rien qu’un peu de honte
Rien que…
Il est temps de rentrer,
les enfants vont prendre froid

Rien qu’une télé qui gueule
qu’un SDF est mort de froid
Que le gas-oil va augmenter
Rien que…
Qu’est-ce qu’il y a ce soir à la télé ?
Rien que…
On passe à table les enfants

Rien que la vie qui coule
douce ici, moins là-bas
Là-bas où, parce que rien ne la retient
la vie s’écoule en flaques de sang ou de vomis

Rien que l’errance des jours

Publié dans Histoires d'humains | Pas de Commentaire »

Elle parle au silence

Posté par Pierre Vaissiere le 11 septembre 2011

 

Elle parle aux fleurs, il parle au vent
Elle parle aux animaux, il parle au feu
Elle brode les mots qu’il raye d’un trait
Elle gomme les douleurs, il les attise
Elle a le goût de l’oliban et des rêves d’enfants
Il a celui de l’acier et des chevauchées
Ses paroles sortent de ses lèvres comme le bambou de la terre
Il ne dit rien, elle parle au silence

Publié dans Histoires d'humains | Pas de Commentaire »

L’âge de la fin des tresses

Posté par Pierre Vaissiere le 20 juillet 2011

Je lève mon bras avec le cœur de la joie de livrer la rosée
aux lèvres des femmes du peuple de la Terre
Je lève la main avec le vent des arbres qui se soulèvent
sous la caresse des âmes des oiseaux
Je rends le fort et le faible à la source des origines
et les enflamme avec l’esprit des tipis de feu

Je lève le pied du sol afin qu’il ne soit pas blessé de mes marches de guerre
Je lave les pleurs et les cris de ceux qui sont à l’agonie
et au chevet des esprits de la peine

Je lève l’oeil droit au premier espoir du rayon de Lune
Je lève l’oeil gauche au premier espoir du rayon de Soleil
et j’ouvre les deux yeux pour unir la Lune et le Soleil

J’ouvre la bouche pour boire les gouttes de pluie
lorsque l’arbre n’est pas là pour nous protéger des pleurs
Je range le feu et l’arc pour aller me baigner avec les enfants
dans le lac des forces retrouvées

Je ne fume que pour la beauté des cercles de fumée
qui vont en reconnaissance de la vie
donner des boucles d’argent au cou de nos ancêtres

Je lève le jour et je lève la nuit pour me lancer
à la poursuite des esprits des aigles
et leur trace la voie avec la flèche de l’arc
et la volonté de l’oeil

Je dis
nous sommes les erreurs du monde
et nous sommes les tenants de l’enfer
car nous n’écoutons pas le chant des grillons
ni le sang de la roche du volcan
qui s’enflamme de rester prisonnière de la terre
et qui sitôt libérée devient dure froide et grise

Je redonne aux espoirs la place qu’ils ont perdu
en ne croyant plus aux esprits du rôdeur des airs

Je lève la main pour – Olé – saluer le saint des saints d’Élée
je lève l’âme de mon corps
et la pousse avec le souffle du vent
dans les rayons de soleil afin qu’elle soit tenue au chaud

Je rôde dans les plaines afin d’éviter
que les rues des villes ne m’entraînent

Je signe de mon sang les lettres de mon agonie
car je suis le dernier à vivre pour la terre
et comme celle-ci va mourir
peut-être je mourrai avec elle
car les êtres aimés doivent disparaître ensemble

Je ne reviendrai plus car le rôle de faire jaillir le sang
et celui de briser la glace des rocs
est un rôle qui ne me convient pas.
Aussi le grand Élée ne fera plus de moi la rognurede la fin des êtres de liberté
car celle-ci est finie
avec le rêve des grandes prairies éternelles

Je reçois dans mon coeur les mots de vie et de peine e mes frères
et n’ai plus le courage de vieillir à la nuit des armes e l’espérance
Aussi je vais prendre mon cheval et mon ordre de liberté
pour partir dans les grandes prairies
Je laisse aux plus jeunes le soin de se retrouver enfin
pour conquérir leur âme
avant de conquérir l’espace de leur corps
si chétif d’être enfermé dans les limites
des villes et des frontières
Je leur demande de faire brûler les argents des villes
pour que les dieux de la règle d’Elée
soient ainsi heureux de voir
qu’ils se rebellent à nouveau dans la fraternité

Je ne suis pas triste, je suis loin déjà
et le ciel en bas se découvre et se clairsème des fleurs
de mes larmes car je vous laisse assez loin
pour en avoir du chagrin
Mais je suis trop vieux et m’en vais pour le faire oublier
cependant que l’âme de mon corps et l’esprit de mon corps
iront dire partout combien j’ai aimé la Terre
qui m’a si bien nourri de ses fruits

Mais l’âge de la fin des tresses
des heureuses épousailles
et des enfants qui grandissent
est fini pour moi
car le vieux cheval est usé

 

Publié dans Histoires d'humains | 1 Commentaire »

Bagage

Posté par Pierre Vaissiere le 12 mai 2011

Qu’emportes-tu dans ce sac qui te brise les reins
que tu poseras au pied d’un arbre
sachant que tu l’oublieras ?
Tu oublies tout sur ce chemin
ses pierres et ses ronces qui les tiennent entre leurs serres
ses pentes où tu te perds
ses courbes qui te disent qu’il est sans fin
ses flaques d’eau claire
qui te crachent la froide image
de ton visage sans fard
ses ombres brûlantes
sa terre blessée par tant de pas égarés
Tu oublies tout
hors ces murs qui t’enferment
ces sangs qui te rongent
les rues encombrées de ta ville
la pieuvre qui t’attire

où tu sauras pourquoi tu es venu
Trop tard
Qu’emportes-tu pour le Voyage ?

Publié dans Histoires d'humains | Pas de Commentaire »

Ténèbres

Posté par Pierre Vaissiere le 6 mai 2011

Aux ombres les interstices du plancher disjoint
niche à cloportes
vortex glacé qui t’aspire
t’appellent
Te plaques ne le voulant contre les lames de bois putréfié
t’écoules comme mercure, dessous, profond
bas plus bas
tiré par mille gluances aveugles
appendices tentaculaires
Tu t’y ventouses t’y dilues y pourris
Fibres de chairs blanchies
tu te délites, tu sombres
n’es plus qu’ossements l’oeil décavé par d’étranges sangsues
blêmes à l’aurore de cet instant de lueur crépusculaire
où le temps cessera d’être
quand tu te laisseras cesser d’être
Depuis sans doute trop longtemps exsangue
déjà avant d’au monde venir
te fonds aux ténèbres avec volupté
Inutile ici de rabattre sur toi l’obsolète linceul
La lumière s’est éteinte

Publié dans Histoires d'humains | Pas de Commentaire »

La route de la soie

Posté par Pierre Vaissiere le 5 mai 2011

Rouge la route de la soie
Rouge la honte au front des femmes
Rouges les hommes en colère
Blancs de peur les enfants

Taché de gris l’azur
Verts les soldats en armes
Gris les troupeaux faméliques
Pourpre la robe des juges

De plomb la mitraille
De feu les fers aux chevilles
D’ébène les langues liées
De glace le regard des vainqueurs

De sel la plainte des vaincus
De chanvre le linceul des morts
De glaise la fosse commune
De fiel les survivants

De lave la vengeance
De suie les dessins d’enfants
De rage les armes brandies
De ténèbres les lendemains

Rouge le soleil levant
Rouge le courroux
Rouges les nappes de sang
Rouge la route de la soie

Publié dans Histoires d'humains | Pas de Commentaire »